46 ans, l’âge qu’on ne compte plus

46 ans, l’âge qu’on ne compte plus

Hé oui, le calendrier est formel : aujourd’hui, je fête mes 46 ans. Youpi. Alors pendant que vous lisez ces lignes, je suis peut-être sur la plage car avoir son anniversaire un jour férié offre certains avantages. Déjà avoir mon mec avec moi vu que bon, étant chômeuse, moi, les jours fériés… Donc mon anniversaire reste une fête mais cet âge, là, 46 ans, il ne me va pas trop. Et si on disait que j’en avais carrément moins et que j’étais pas en pleine crise d’identité du mitan de ma vie ?

Mes 46 ans, bougie magique qui fait des étincelles
(c) Nikhita Singhal

Oui, j’aime bien le mot mitan, je l’utilise dès que je peux. Bref, cet anniversaire, il tombe à un moment compliqué de ma vie. Je vous dresse le tableau, vite fait. Déjà, je suis au chômage en pleine crise géopolitique. Espoir de trouver un job dans les prochains mois : aucun. Je sais que j’ai le temps en terme d’indemnités et tout mais je ne vous cache pas que ça commence à bien m’angoisser quand même. Surtout que chercher du boulot alors qu’on n’a pas du tout envie d’y retourner… Non parce que j’ai passé deux entretiens avec une boîte récemment. Une boîte avec de belles valeurs et tout. Ils le mettaient pas mal en avant, d’ailleurs. J’ai passé deux entretiens pendant mes vacances en Nouvelle-Zélande. 12h de décalage horaire. Même pas eu droit à un mail de refus. Ils m’ont juste ghostée. Il leur suffisait de juste répondre à mon mail de relance mais non. 

J’ai tellement pas envie d’y retourner que lors d’une visualisation avec mon psy pour apaiser mon rapport avec mon futur travail, je suis allée me cacher dans une pièce vide. Même en imagination, ça ne le fait pas. Et le temps passe. 46 ans et repartir de zéro, qui voudrait de moi ? Alors mon imagination, fertile à me proposer n’importe quoi, fantasme. C’est pile pendant cette crise d’identité que j’ai découvert Younger, une série où une femme de 40 ans fait croire qu’elle en a 26. Ah mais je peux pas faire ça, moi aussi ? 26, peut-être pas mais 30, je peux. J’ai pas de rides, peu de cernes et mes cheveux blancs sont dissimulés sous ma nouvelle coloration. Rouge, la coloration. 

(c) Laura Jaeger

Reculer de 16 ans ? Le rêve. Parce que qui dit crise dit ressassement. Et auto-flagellation. J’ai obtenu ma certification Data Analyste haut la main. J’ai adoré cette période de bootcamp, j’ai repris confiance en mes capacités, en moi. Puis le vide. Double vide même puisque j’ai enchaîné avec un voyage de rêve. Vraiment, je vais pas m’en remettre de ce voyage tellement tout était beau. Donc je passe de cinq mois d’apprentissage et trois semaines de beauté à… rien. Vraiment. J’ai des projets, oui. Mais je reste suspendue à l’incertitude. Combien de temps devant moi avant d’y retourner ? Je déteste l’attente, ça me paralyse. Je passe des heures à ne rien faire, ne sachant par quel bout prendre les choses. Et mon imagination galope. Ma méchante voix prend ses aises. Elle me dit que je suis une ratée, que ma carrière est nulle…

Et si je pouvais recommencer. 16 ans de moins… Évidemment, je ne parle que de ma vie pro. La crise est là, pour l’essentiel. Parfois, je me dis que je m’en sortirais mieux si j’étais restée à Paris mais ma vie ici est si douce. Et puis, c’est compliqué de reprocher des choix de vie au nom de sa carrière, sujet sur lequel je ne me suis jamais vraiment investie. Je n’aime pas le monde du travail et son injustice. Injustice reflet d’une société, oui. Mais j’ai besoin d’argent pour vivre et je n’ai pas envie d’être entretenue par mon mec. Un ikigai pragmatique, comme je disais. Mais ça tourne en boucle. La déception, la rancoeur. Une colère sourde qui répète en boucle que je m’en fous d’être brillante, pour ce que ça me rapporte. Ah oui, ça, qu’est-ce qu’on me l’a dit, que j’étais intelligente, brillante… Tout ça pour finir à 46 ans au bord de la route, à se dire qu’on ferait mieux de prendre le premier job alimentaire qui passe. TBM cherche des chauffereuses de bus, pourquoi pas ? Je déteste conduire, je flippe dès que je conduis plus gros qu’une Twingo, un job pour moi. Si au moins ils embauchaient pour piloter des batos. Ca s’écrit Bato, oui, je vieillis mais je sais encore écrire, ne vous inquiétez pas.

Le bato sur la Garonne à Bordeaux

Revenir à 30 ans pour la jouer mieux. Pour ne pas m’inquiéter des prochaines années. Pour avoir encore plein d’essais et de possibilités. Sauf que, si mon visage reste juvénile, ce n’est pas forcément le cas de mon corps. Enfin, globalement, il va bien, merci l’aquagym et le bike. Même si un des profs m’a dit que j’étais accro au sport et depuis, ça m’angoisse. Parce que tout m’angoisse. Je fais du sport parce que ça m’évite de regarder ma boîte mail toutes les dix minutes, des fois que. Ca m’évite d’actualiser les annonces sur LinkedIn, Welcome to the jungle et cie, des fois que. Mais mon corps, il a 46 ans et ça se sent. Déjà, en Nouvelle-Zélande, j’ai multiplié les petits pépins. Un genou qui craque après une grimpette jusqu’à une cascade. Une tension douloureuse dans le cou. La quasi impossibilité de dormir dans l’avion alors que c’était mon superpouvoir, ça, de dormir partout. Et surtout, un violent claquage à l’aéroport au retour. Mais surtout, surtout, 46 ans, c’est l’âge de la périménopause. J’en ai déjà parlé et vraiment, c’est affreux. J’ai fini ma session bouffées de chaleurs mais là, ça va faire 20 jours que j’ai mes règles, à peu près. Ajouté à ça que je perds un peu la tête, que mes humeurs sont… aléatoires. Toujours aucun médoc pour vraiment nous aider mais hé, un mec a inventé une sucette goût bite pour nous aider à aimer ça. C’est même pas un poisson d’avril.

Bref, j’aborde mes 46 ans avec juste une envie de lâcher l’affaire. Professionnellement parlant, j’entends. Attendre la fin de mes droits et prendre le premier job qui passe parce que je n’en ai plus rien à faire. En attendant, en profiter pour faire des projets data qui me branchent, apprendre le dessin vectoriel, entretenir mon image d’accro au sport alors qu’en vrai, j’aime surtout être dans l’eau. Regarder des fringues que je n’achèterai pas sur Internet parce que j’ai plus de thunes. Tromper l’attente. Rêver que j’apprends plein de trucs comme le chant lyrique, le bungee fitness, que je m’inscrirais au Pilates reformer… Mais vu que tout ça, c’est cher, je n’en ferai rien. Au pire, je regarderai des vidéos Youtube pour le premier. 

Chanteuse lyrique

Moi qui profite de mon anniversaire pour lancer des projets, ou envisager de le faire, là, je n’ai même pas envie. Juste me dire que je vais apprendre à lâcher l’affaire pour de vrai. Accepter mon destin de meuf “brillante” qui a passé sa carrière à trébucher. Mon hypnothérapeute a dit que, finalement, j’avais été victime de malchance et que ça arrive. Ouais mais du coup, je commence à avoir du mal à entrevoir la happy end. Bref, je termine mon portfolio, je retape mon CV et mon profil LinkedIn puis je me lance à corps perdu dans des projets qui, bien que non rémunérateurs, m’aideront à ne pas réactualiser ma boîte mail toutes les dix minutes. C’est ma seule résolution pour mes 46 ans. 

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