Le chômage restauratif 

Le chômage restauratif 

C’est officiel. C’est écrit sur mon LinkedIn. Je suis disponible sous deux mois pour commencer un nouveau contrat. Et j’ai pas envie. Pas envie du tout. Déjà, j’ai le seum que ma formation se termine dans un mois. Mais allez, il me reste le temps de parfaire mon chômage restauratif.

Le chômage restauratif, sieste sur la pelouse
(c) De’ Andre Bush

J’y travaille, j’y travaille dur. Avec mon psy, l’autre jour, j’ai travaillé une visualisation sur mon futur premier jour. J’ai fini par aller m’enfermer dans une salle vide. Même en imagination, j’ai pas envie. J’expliquais la situation ainsi à mon hypnothérapeute : “j’ai l’impression d’être une enfant en vacances qui voudrait que ça ne s’arrête jamais”. Même si dans mon cas, les “vacances”, c’est précisément l’école. Amusant. Là, mon hypno me sort “ouais, enfin, vu votre parcours, vous avez des raisons, aussi, de pas vouloir retourner au travail.” Oui, c’est vrai. Mais la société ne me laissant pas le choix, n’étant pas née rentière, on va profiter du temps qu’il nous reste pour kiffer à fond et travailler son estime de soi.

Dans mon malheur (très relatif), j’ai une chance : j’ai choisi de suivre une formation pendant cinq mois. Donc durant cette période, je n’ai guère eu à me préoccuper de mon retour à l’emploi. L’idée était là, toujours en tâche de fond mais j’avais le temps. Sauf que le temps passe et que voilà, mon CV est à jour et… ne part pas beaucoup dans les boîtes de recruteurs. Une flemme, mes amis, je vous dis pas. Evidemment, mon hypno a sauté sur l’occasion “si y a procrastination, c’est qu’il y a un truc à creuser”. Et bien creusons puisque nous n’avons rien de mieux à faire. On ne sait jamais, on va peut-être finir par résoudre l’équation : Nina + monde du travail = love . Love tranquille, hein, je ne demande même pas une folle passion. Juste d’aller au travail sans boule au ventre ni envie de hurler. Et déjà, rien que ça, ça a l’air beaucoup demander.

Crier en allant au boulot
(c) Ümit Yildirim

Bref, il me reste deux mois. Donc trois semaines de vacances de rêve qui vont me permettre de bien déconnecter. Sur ce temps, il faudrait donc que je déverrouille un peu mon rapport au monde du travail. Oui, j’insiste, mon problème, ce n’est pas de travailler mais le monde du travail. Niveau chômage restauratif, la formation que je suis actuellement me prouve que je peux être très impliquée et ne pas compter mes heures. Je veux dire, là, ma difficulté majeure, c’est d’arrêter de bosser. Bon, il y a des jours où j’ai moins d’énergie mais ça, c’est normal. Surtout à cette période de l’année où il fait nuit et froid et qu’il pleut environ tout le temps. J’ai même séché l’aquagym l’autre jour par flemme, pour dire à quel point j’étais claquée. 

Mais au-delà du contextuel, il y a quelques croyances sur ma personne que je dois battre en brèche. Déjà, ce côté “je suis une glandeuse”. Oui et non. Je peux travailler beaucoup et longtemps. Et d’autres fois passer la journée devant mon écran à tourner en boucle sur Youtube, les réseaux sociaux, mes mails ou je ne sais quoi juste parce que je recule la mise en chantier. Par procrastination, oui. Mais la procrastination, c’est l’arbre qui cache la forêt. Et je dois trouver pourquoi, parfois, je pars limite en auto-sabotage. Je veux dire, mon dernier taf, j’en foutais pas lourd et je n’ai fait aucun effort de progression. Oui, dans une ambiance délétère où toute mon équipe avait dégagé en quelques mois. Ok, les ambiances toxiques et moi, ça ne fitte pas du tout. J’avais la même chez Epicea où j’ai passé un an et demi à me planquer, refusant d’avoir le moindre échange avec le PDG. Qui me détestait mais hé, qui m’a appelée la veille de mon embauche pour me dire qu’ils m’avaient embauchée sans que le poste soit vacant et que j’étais priée de mentir à tout le monde ? Limite, j’étais choquée que le big boss me reproche mon attitude. Evidemment que je suis pas impliquée, j’ai validé ma période d’essai juste parce que je devais tenir ma place jusqu’à signer le prêt pour l’appart à Bordeaux. 

(c) Ian Keefe

De tout ça naît une croyance : je suis malchanceuse en emploi. On a creusé ça avec l’hypno parce que moi, je disais “non mais quasi 20 ans de carrière et que des situations toxiques ou presque, c’est moi qui dois déclencher ça”. Sauf qu’en examinant la situation, elle m’a simplement révélé “des fois, la malchance, ça existe”. Non, non, je ne peux entendre ça parce que ça voudrait dire qu’il n’y a pas de solution à mon problème. Dans les faits, je me suis beaucoup reproché certaines décisions. Notamment Epicea où j’avais ignoré un red flag en entretien. Mais en vrai, c’est pas tant que je l’ai ignoré. J’ai surtout pas cru qu’on me jetait au visage qu’on allait virer quelqu’un à présent que j’avais dit oui. C’était trop lunaire. j’ai beaucoup réécrit l’histoire en me reprochant d’avoir fui trop vite, trop tôt. Peut-être mais je n’ai jamais fui “gratuitement”. J’ai fui parce que les situations heurtaient mes valeurs. Que j’allais au travail avec anxiété et colère parce que dans des environnements toxiques, faut pas “juste” faire son travail. Faut être politique.

Tout ça, je le savais avant mon chômage mais j’ai toujours refusé de jouer le jeu. A cause d’une croyance toute bête, j’ai envie de dire. La croyance en la justice de la vie. Les crevures vont payer et le fait de faire fuir une équipe est un crime à punir. Quelle farce. C’est faux. C’est archi-faux. On s’en fout des petites mains qui sont remplaçables. Parfois, on les fait même dégager en un clic. Ciao la ligne excel. Bref, jusqu’à présent, je faisais mon travail sans particulièrement briller ni m’investir outre mesure parce que je n’ai pas confiance. Et aussi parce que je m’ennuie vite. Très vite, j’essaie de trouver comment bosser moins pour faire des trucs persos. Voler une heure ou deux pour faire du Powerpoint Art, de l’écriture… 

(c) Luca Nicoletti

Ok, le tableau est assez clair. Maintenant, je dois profiter de ce chômage restauratif pour changer le logiciel. Et c’est pas si facile. J’ai travaillé ça chez le psy et je lui expliquais “Il faut que je joue le jeu, je le comprends. Mais ça heurte mes valeurs”. Parce que je déteste les gens qui “jouent le jeu”. Le jeu d’un système que je honnis. Sauf qu’à un moment, il faut faire un choix. Participer à un système tout en se montrant cynique, forcément, ça coince. C’est cependant là que je dois prendre une décision. Soit j’accepte le système en en prenant les avantages. Genre, le salaire, les vacances, la mutuelle. Soit je le refuse et je me démerde autrement. Je parle de bosser à mon compte, hein, je suis toujours pas rentière. A chaque thérapie que je suis, c’est la conclusion mais je freine des quatre fers parce que… j’aime pas l’administratif et troquer des managers toxiques par des clients malhonnêtes, je ne suis pas sûre de voir à quel niveau je suis gagnante.

Bref, le chômage restauratif, c’est une prise de recul qui va me permettre de trouver mon personnage. Oui, un personnage, le monde du travail n’est qu’une scène de théâtre géante… enfin, une scène de théâtre en mode Hunger Games. Peut-être qu’elle est là, la solution. Jouer le jeu, ne pas lutter. J’ai deux mois pour travailler ça. Arrêter de nager à contre-courant, me montrer docile, volontaire, me rendre indispensable. Accepter le jeu, ce n’est pas accepter le système. C’est juste se mettre à l’abri. Deux mois pour ancrer cette réalité. 

Et puis deux mois pour profiter de la vie, aussi. Hé oui ! Outre mon voyage de rêves, je vais aller… à l’aquagym ! Enfin, pour le moment, non, parce que j’ai fait un nouveau petit tatouage sur l’épaule donc pas de piscine avant début février mais je me suis prise de passion pour le bike donc tout va bien. Victor a aussi acheté une Steam deck donc je vais avoir plein de jeux vidéos à explorer. Et puis l’écriture, l’écriture…

(c) Noah Silliman

Et des projets persos en lien avec la data analyse. J’ai trois milliards d’idées et j’ai bien l’intention de tout faire, tout explorer. Déjà parce qu’il n’y a qu’en faisant qu’on apprend mais surtout… Quel plaisir de découvrir de nouveaux terrains de jeux. Un peu plus excitant de bricoler des dashboards que personne ne regardera parce que se doter d’outils qui ne seront pas utilisés, c’est la plus grande passion des entreprises.

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