Paranoïa : la vie m’en veut
Depuis que je suis revenue de Nouvelle-Zélande, la vie est… comment dire… meeeh. Enfin, c’est plutôt du roller coaster selon la météo mais globalement, je ne suis pas bien satisfaite de ce qu’il se passe. Essentiellement au niveau pro. Enfin “pro” vu que je suis au chômage et que je ne chope pas d’entretiens. Et j’en suis à glisser peu à peu dans une sorte de paranoïa où j’ai la sensation que la vie m’en veut. Alors que je ne sais même pas quoi mettre derrière cette notion de “vie”. Je veux dire, je ne crois pas en Dieu. Du coup, la vie, c’est qui ?

Je vais devenir prof
Décembre 2025. Entretien individuel avec mon prof de data analyse. “Ça te dirait pas de donner des cours ?” Un peu, mon neveu. Un avenir semble se tracer devant moi. L’école où je suis cherche régulièrement des formateurs et mon prof promet de me recommander pour Bordeaux ou en distanciel. En plus, Bordeaux, le campus est à moins de 10 mn de la maison. Je le sais parce que c’est là que j’accroche mon vélo quand je vais à la salle de sport 4 ou 5 fois par semaine. Je me mets à rêver, à écrire mentalement le statut LinkedIn qui annonce que je passe direct d’élève à prof. Je me sentais à la hauteur du challenge. Et ça, en plus, pour le CV, c’était une bien belle histoire. “J’étais tellement forte que je suis devenue la prof”. J’étais sur les starting blocks.
Et une nouvelle loi qui brise ton rêve
26 février 2026. Jour de mon oral de certif’ donc fin officielle de ma formation mais surtout… Nouvelle loi qui limite la dépense de CPF à 1600 € par formation. Celle que j’ai faite coûte 8000 €. 7000 € en early bird. Par ailleurs, le 27 février, je discute avec une autre formatrice qui m’explique qu’une grosse session formation devait débuter le 23 février. Ils avaient prévu 5 classes en distanciel, il n’y en a eu que 3. Deux profs sont donc sur le carreau. A Bordeaux, ils n’ont pas réussi à ouvrir une classe physique. Donc pas assez d’élèves juste avant la loi, des profs sur liste d’attente. Je suis foutue. La prochaine session devait démarrer le 11 mai, je n’en serai pas. Mon rêve est détruit. Merci le gouvernement. Déjà que je vous détestais.

Une boîte de rêve qui te déçoit
24 février. Alors en plein écrit de ma certif, je vois passer une annonce pour une boîte qui m’intéresse beaucoup. Déjà parce qu’elle est située dans le même groupement d’entreprises que celui du campus. Là où je me gare plusieurs fois par semaine. Bon, je pars en vacances le dimanche pour 3 semaines à l’autre bout du monde mais je tente quand même. Quelques jours plus tard, alors que je suis en Nouvelle-Zélande, je reçois un mail me proposant un entretien. Je réponds que je suis intéressée mais que je suis à l’autre bout du monde pour deux semaines donc tant que les entretiens sont calés début de journée, ça passe. Je passe deux entretiens, en visio, dans des hôtels, avec mon mec juste à côté. Le premier, je suis en plein jet lag genre j’étais en sommeil profond 30 mn avant. Le second, j’ai pas senti la personne. Résultat ? Je ne sais pas. Enfin, j’ai compris ce que signifie un silence radio d’un mois. Imaginez : vous passez deux entretiens alors que vous êtes littéralement au bout du monde et on n’estime pas que l’effort soit suffisant pour juste vous répondre “ouais, non, on prend quelqu’un d’autre, bisous”. Alors qu’il suffisait de répondre à mon mail de relance. Du coup, cette boîte passe de “boîte de rêve” à “red flag”. Sauf que je suis pas vraiment sur un bassin d’emploi où je peux me permettre de rayer drastiquement des boîtes de ma liste.
Un anniversaire décevant
6 avril. Mon anniversaire ! Le programme est établi. Le 05, nuit dans un hôtel chic avec resto bistronomique. Tout est parfait. L’hôtel a décoré la chambre avec des ballons dorés, on a droit à une heure dans un de mes spas prefs de Bordeaux (spa Nuxe, hôtel du Palais Gallienne), le repas est génial. Tout va bien. Par contre, le 06, c’est la dégringolade. Comme il fait beau, on décide d’aller sur le Bassin en train. Et là, c’est la bagarre. Parce qu’il fait chaud donc tout Bordeaux a la même idée. Le train de 10h30 ? Impossible de rentrer dedans. Le train de 11h ? On aurait pu rentrer dedans, peut-être, s’il avait daigné s’arrêter aux repères indiqués sur les panneaux. Oui, ça, c’est une spécialité à Bordeaux que je ne m’explique pas : les trains ne s’arrêtent jamais là où ils sont censés le faire. Ce qui engendre pas mal de confusion à chaque fois. On finit par avoir celui de 11h30. Mais à la gare suivante, c’est la bagarre pour entrer dans le train, on reste coincés à quai vingt bonnes minutes. Programme initial : arrivée à la Hume à 10h50. Réalité : arrivée à la Hume à 12h30. On est tendus, on est saoulé et forcément, on se dispute.

Un anniversaire bien salé
Des cris et des larmes pour mon anniversaire, exactement ce dont j’avais besoin pour cette année 2026 qui s’annonce particulièrement merdique. Du coup, la petite balade prend des airs de psychothérapie, je n’y prends aucun plaisir. J’ai le seum. On revient vers une gare à 15h20, le train passait à 15h18. Pas grave, il y en a un 30 minutes après pour rentrer à Bordeaux. On n’a pas pu rentrer dedans. En désespoir de cause, on repart vers Arcachon pour aller manger une glace sur la plage. Foutu pour foutu. On arrivera à rentrer dans le train de 19h. Qui partira à 19h30 parce qu’ils se sont dits que, hé, on pourrait attacher deux trains pour permettre à tout le monde de rentrer chez soi. Mais oui, des trains doubles les jours de grande affluence, affluence totalement prévisible, ça aurait été une idée… Bref, le train est surchauffé, on rentre à la maison vers 20h30. J’ai transpiré, je me sens sale, triste et totalement déprimée. Deuxième pire anniversaire. Le premier étant celui de mes 16 ans où on ne l’a pas fêté le jour J car un ami de mes parents étaient de passage et le lendemain, je l’ai fêté dans les larmes car mon cochon d’Inde (6 ans, le bestial) était mort pendant la nuit. Yeah…
Des guerres, un marché nul, trop de monde à la piscine
Et puis le marché est pourri. Au global. Y a une fille de ma promo, c’est mon étoile du Nord. Objectivement la meilleure de la promo, bonne communication sur LinkedIn, vit en région parisienne. Tant qu’elle ne trouve pas de contrat, ça veut dire que c’est mort pour moi. Parce que Bordeaux, bon… Faut dire avec toutes ces guerres et un individu au comportement aléatoire à la tête de la première puissance militaire mondiale, on n’est pas dans une période brillante. Rajoutez à ça la périménopause qui me rend un peu instable et ça donne : la vie m’en veut. J’ai cette sensation depuis l’an dernier. Je passe des vacances de rêve à Venise ? Bim, je me fais virer à mon retour. Je vis une bulle d’amour pour le mariage de mon cousin et rentre boostée comme jamais ? Bim, mon chat adoré meurt. Je prévois un voyage incroyable à l’autre bout du monde ? La guerre se déclenche la veille du départ. On part quand même, le voyage est incroyable mais le retour bien difficile. Je vis ma meilleure vie à Bordeaux mais je ne trouve pas de taf… Le seul truc qui me fait du bien, c’est l’aquagym sauf qu’on est trop nombreuses en ce moment et ça devient pénible. Même ça, on me l’enlève.
Je paie ma chance passée
Alors surgit une idée, celle que j’ai bien mangé mon pain blanc pendant des années et que je dois désormais passer à la caisse. Toute ma carrière est basée sur une fuite en avant et des rebonds pile au bon moment. Une fois mon premier CDI décroché, je n’ai plus vraiment galéré. Même mon avant-dernière recherche d’emploi où j’étais en déprime, elle n’avait duré que deux mois, objectivement. Là, je postule depuis janvier et à part mon double entretien suivi d’un ghosting de l’espace et un commercial d’une ESN qui m’a appelée et dont je n’aurai sans doute plus jamais de nouvelles, rien. J’ai la sensation tenace que cette fois, je ne m’en sortirai pas. Parce que la vie m’en veut.
Période noire
Sauf que ça veut dire quoi, concrètement ? Mon hypno m’a demandé si je me sentais persécutée mais en vrai… Non, c’est pas tout à fait ça. Déjà parce que je n’arrive pas à définir “la vie”. C’est un concept flou que je ne définis pas forcément comme conscient. On pourrait presque appeler ça le karma. Sauf que je ne trouve pas mériter un mauvais karma. Car sans être une sainte, je ne crois pas nuire à grand monde. C’est juste que j’ai l’impression que, jusqu’à l’an dernier, j’ai globalement eu beaucoup de chance dans la vie. Et puisque j’ai épuisé mon quota, je me mange un backlash dans les dents. Le pire, c’est que j’ai eu des périodes noires dans ma vie. Remember 2011 où j’ai entamé l’année en préavis pour un boulot que, certes, je détestais, j’ai rompu avec mon mec, ma meilleure amie est partie, je me suis cassée la jambe et ma grand-mère est morte un 24 décembre. Pas glorieux. Or, à ce moment-là, j’ai eu des chances. Celle de retrouver vite un boulot, celle d’avoir limité les dégâts dans la fracture de mon genou. Actuellement, j’ai quand même la chance d’avoir pu faire une formation qui me plaît grâce à un chèque de mon ex-employeur, d’avoir pu partir en Nouvelle-Zélande malgré tout. D’être entourée et soutenue.

Chercher du taf quand on n’y croit pas
Oui, tout n’est que perception. Mon actuelle paranoïa n’est qu’une croyance limitante de plus. Sauf que… et bah c’est bien compliqué de chercher un emploi quand on est persuadé qu’on n’a plus droit à sa chance. Que c’est foutu pour nous parce que notre bonne étoile ou notre moule légendaire s’en est allée. Croyez bien que d’un point de vue rationnel, j’ai conscience que c’est débile. Que je ne cherche que les points noirs pour peindre un tableau sombre. Le problème étant que la rationalité est rarement la voix que l’on écoute le plus, surtout en période où on n’a pas grand chose pour s’occuper l’esprit. Et le pire, c’est que j’ai de quoi m’occuper mais quand le moral n’y est pas…
Bref, on va s’appliquer à faire taire cette vilaine paranoïa. Parce que j’ai pas que ça à faire, moi.

