L’attente, mon enfer personnel
Salut Audience, ça va ? Moi un peu bof. Et tu sais ce que je fais quand j’ai pas la grosse patate ? Je vais à l’aquagym, oui, mais c’est pas tant mon sujet. Non, quand le moral est bof, je prends ma plume et j’en fais un article. D’abord parce que ça m’oblige à être pragmatique, à poser des mots et tenter de trouver une solution. Et puis, je me dis que, peut-être, quelqu’un en bad comme moi lira mes mots et que ça peut lui faire du bien. T’inquiète, Jeff, t’es pas tout seul. Donc aujourd’hui, causons de l’attente parce que c’est le pire truc qui puisse m’arriver et je suis en plein dedans.

L’attente sans échéance définie
Alors définissons l’attente. Je ne parle pas d’attendre le tram, dans une salle d’attente ou à la caisse du supermarché. Non. Dans ce cas-là, en général, je prends mon téléphone et j’écris. Ou je lis sur ma liseuse. Et on parle de quelques minutes, je survis. Non, quand je parle d’attente, je parle surtout d’incertitude. D’un temps indéfini. Par exemple, je suis actuellement en recherche d’emploi. Chercher un emploi en période de crise mondiale, c’est une expérience. Moisie comme expérience mais je suppose que j’en rirai quand tout sera fini. Mais je suis en plein dedans et là, à l’heure où je vous écris, j’ai zéro opportunité. Disons que j’en suis au point où je préfère me dire qu’il ne se passera rien avant septembre tellement je sens que ça ne bougera d’ici là. Après je dis ça, mon dernier job, je l’avais trouvé fin juillet. Comme quoi…
Il ne se passe rien
Donc j’attends qu’il se passe quelque chose. Et il ne se passe rien. Chaque matin, je me lève avec espoir, chaque soir, je me couche avec déception. Pas d’annonces, pas de contact intéressant, rien. Tous les jours ouvrés. Je vous cache pas qu’actuellement, j’adore les week-ends parce que je n’attends pas. Je passe mes jours ouvrés à checker téléphone et emails, des fois que… Spoiler : à chaque fois, je suis déçue. Personne ne m’a contactée. J’ai beau savoir, rationnellement, que c’est la galère pour tout le monde, émotionnellement, je pète un câble. Ma méchante voix n’arrête pas de me dire que je suis finie, foutue, trop vieille, trop nulle. Tandis que ma voix mélomane ne me propose que des chansons tristes genre Rappelle-moi la beauté de Roza. Que j’écoute en boucle.

Boucler
La boucle. C’est le principe de base de l’attente. Chaque journée, c’est pareil. Face à l’angoisse du temps, je m’occupe. Aller à la salle pour commander. Aquagym, bike, pilates, je prends tout. Je remplis mon agenda. Sauf que. Effet kiss pas Kool : je n’ose pas kiffer. Je veux dire j’ai du temps. Pour une fois, j’ai du temps. Sauf que quand je vais à la salle en journée, la mauvaise voix me dit “profite, ça ne va pas durer, hin hin hin”. Quand je suis chez moi, je dois m’occuper. Sinon, je tombe dans la boucle : mails-LinkedIn-random réseaux sociaux et notamment ceux de Meta pour regarder des vidéos souvent nulles. Et à chaque fois que je m’apprête à aller voir mes mails ou LinkedIn, ce petit gonflement d’espoir. Et à chaque fois la déception. Pas du tout épuisant pour les nerfs.
Tromper mon attente
Donc je dois tromper l’attente. Oublier mon téléphone. Sauf que… je me suis crée une sorte d’addiction. L’autre jour, chez l’hypno, on travaillait une visualisation sur le détachement du téléphone et, dans ma visualisation, j’ai triché. C’est-à-dire que je me voyais regarder mon téléphone en main pour regarder les paroles d’une chanson ou jouer à un truc. Sauf que j’ai eu conscience que je faisais ça pour prolonger le temps de consultation, déguiser mon attente d’une notification. Du coup, après, toujours dans ma visualisation, je me disais que le plus simple serait de cacher mon téléphone. Vous avez dit sérénité ?
Sois sérieuse un peu
Il faut donc que je m’occupe MAIS je m’interdis de me faire plaisir tant que je n’ai pas fait ceci ou cela. Honnêtement, j’écrivais plus quand j’étais en formation, malgré la tonne de trucs à faire. Parce que là, je suis en mode “va faire ton portfolio”, “refais ton CV…”. Tant que ça, ce n’est pas fait, interdit d’écrire, de regarder un film ou un téléfilm, d’aller faire un puzzle. Sauf que comme je tombe dans la boucle précédemment citée, je m’en paralyse. J’attends et je n’avance sur rien. Et quand j’aurai trouvė un boulot, je m’en voudrai de ne pas avoir plus profité de mon temps libre.
L’attente me paralyse
L’attente, ça contamine et c’est tout. Alors même que je sais que le marché est crispé et que j’ai la chance d’avoir du temps devant moi. Du temps pour faire des projets qui me font kiffer. Des projets data, j’entends. Pas que, certes. Mais j’ai tant d’envies. Dans les faits, si j’étais un peu maline, je profiterais de mon chômage pour faire des projets qui me font kiffer et que je ne reverrai sans doute jamais en entreprise. Le chômage devrait être perçu comme une occasion de grandir, d’apprendre. Ici, il ne s’agit même plus de tromper l’attente, juste de profiter du temps qui nous est offert. Mais moi, je n’y arrive pas. Parce que je suis dans une position d’attente, que le temps est un peu suspendu. Que tant qu’il ne se passe rien, mon moteur cale.
Et en plus, je me flagelle
Et en plus, chaque instant qui n’est pas dédié à la recherche d’emploi me paraît flirter avec la fraude. J’ai beau avoir de bonnes raisons d’être traumatisée par le monde du travail, moi comme beaucoup d’entre nous, j’ai tellement été imbibée par la doxa du “un chômeur, c’est un branleur” que je ne peux pas m’empêcher de penser que je suis une mauvaise chercheuse d’emploi. Quoi, je n’ai envoyé que trois CV cette semaine ? Je n’ai toujours pas fini mon portfolio, passé deux ou trois certifs qui vont bien, refait mon CV pour la dixième fois ? Il y avait une faute de frappe sur ma lettre de motivation ? Bouhouhou, au bûcher !
Ne pas s’angoisser sur ce qu’on ne maîtrise pas
Je suis dans cette période de vie où je rêve d’avoir une télécommande pour lancer un petit avance rapide. Juste pour voir la suite, me rassurer. Ah, ok, je commencerai un nouveau poste le 19 septembre. Ok bah retour arrière, je me recale au présent et je vis ma vie avec soulagement. Sauf que là, je n’en sais rien. Je ne sais pas si j’aurai quelque chose le 19 septembre. Ni avant ou après. Je n’en sais rien. Je ne sais pas s’il se passera quelque chose cette semaine ou juste rien. Il suffirait juste que je bascule. Que je n’espère rien ne dépendant pas de moi. Que je me contente de mes trucs. Cette semaine, il se passera que j’aurai refait mon CV. Ca, ça ne dépend que de moi. Le reste, faut lâcher prise.
46 ans que je ne lâche pas prise, je vous dis pas la taille du chantier.


