La charge mentale du développement personnel
Oui, parlons-en. Je suis actuellement peu concernée mais je trouve ce sujet super intéressant. Nous vivons une ère pseudo-hygiéniste où chacun doit être responsable de son propre bien-être. Dans le sens où chacun doit individuellement trouver une routine pour faire face à la machine à broyer capitaliste. Comme dirait le poète “rien à foutre de tes excuses, rien à foutre de ta dépression”. Sauf que courir après une vie plus jolie, ou juste moins stressante… ça représente une charge mentale supplémentaire. Et on n’en avait pas besoin.
L’angoisse du dérapage
Cet article m’a été inspiré d’un carrousel ou d’un réel Instagram sur la perte de poids. Je ne me souviens pas de l’autrice, j’en suis désolée. Le contenu parlait de la charge mentale que représente l’alimentation quand on n’a pas un rapport serein avec elle. En parallèle, j’ai eu droit à une coach minceur autoproclamée qui listait 5 ou 10 points à suivre pour rester mince. Une liste qui hurlait “TCA”. Genre “moi, si je vais au resto, je consulte le menu avant pour choisir quand je n’ai pas faim pour ne pas prendre un truc trop gras”. Alors je comprends le concept. Moi-même, j’ai pu constater que quand je fais les courses avec un ventre bien plein, je passe devant le rayon chocolat, ou n’importe quelle gourmandise, en courant parce que l’idée même d’en manger me file la nausée. Mais aller au restaurant est censé être un plaisir. Pas un truc que tu planifies des heures à l’avance avec l’angoisse de “déraper”.
Penser à la nourriture tout le temps
On pourrait débattre de si la perte de poids est un développement personnel. Pour moi, totalement. Parce que, pour rappel, le développement personnel vise à vous permettre d’atteindre la “meilleure version de vous-même”. Et dans une société pas mal grossophobe, être mince est une meilleure version de vous-même. Lena Situation en parlait très bien récemment. Après, chacun sa liberté de corps, je ne suis pas là pour dire quoi faire. On ne remplace pas une injonction par une autre. Mais ce contrôle de son alimentation est un exemple qui parle facilement à tous. Quand on est en régime, diète, rééquilibrage alimentaire ou peu importe le terme, on pense à la bouffe tout le temps. C’est une vraie invasion mentale. Parce que ça implique des efforts, des changements d’habitude, éviter des “pièges”, faire taire ses envies, calculer… Quand je dis calculer, ça peut être les calories, les protéines, les lipides, les indices glycémiques…

Un agenda bien (trop) rempli
Tout le développement personnel fonctionne de la même façon. Il faut faire des choses. Il faut être dans le contrôle. Par exemple, il faut se lever très tôt pour réaliser un programme précis. Il faut se réserver du temps pour méditer, par exemple, écrire, lire, faire des exercices… Là encore, si ça vous fait du bien, pourquoi pas. Mais est-ce que ça vous fait vraiment du bien ? Prenons la méditation. Je vais vous le dire : ça ne m’intéresse pas trop. Les exercices respiratoires, éventuellement, oui. Je sens une différence. Mais la méditation en temps que telle… J’en retrouve les bienfaits en allant juste me balader et en laissant mon cerveau gambader là où il en a envie. Surtout, je n’ai pas forcément le temps de méditer. Ou plutôt je n’ai pas forcément envie de le prendre.
Cher journal, j’ai pas le temps
Reprenons mon bingo de l’année 2026. J’ai déjà coché pas mal de cases mais il en reste une que je ne coche pas du tout et qui m’embête : mon journal. Que j’ai prévu d’écrire en anglais mais that’s an other point. Pourquoi je n’écris pas mon journal ? Parce qu’il ne se passe rien dans ma vie ? Non, même pas. C’est sûr que je ne vis sans doute pas la période la plus épanouissante vu que je dois chercher du travail à une période où ça n’embauche pas trop. Surtout que pardon mais pourquoi je vois passer dix fois la même annonce ? Je vous jure, depuis janvier, y en a qui tournent en boucle, ça me rend folle. Pourquoi tu dis que tu embauches si ce n’est pas vrai ? Tu veux ma mort ? Donc oui, faudrait que j’écrive histoire de vider un peu cette légère frustration mais… j’ai pas le time. Certes, je ne le prends pas. Genre là, je viens de perdre 20 minutes sur des shorts Youtube. Bon… Il faudrait que je prenne des meilleures habitudes mais…

Une vie bien remplie
Ce cas-là, je le trouve intéressant. Techniquement, ma vie, en ce moment, c’est du sport, de la formation, de la data analyse et de l’écriture. Puis des trucs plus prosaïques comme faire les courses, la cuisine, de l’administratif. Voir des amis, aussi, même si mon cercle amical est en train de devenir “les dames de la piscine”. Comme c’est pas dit qu’on ait une retraite, parce qu’ils l’auront fait sauter ou qu’on sera morts de canicule, j’en profite maintenant. Donc ma vie est pas mal remplie. J’ai des moments de flottement où je m’abîme sur les réseaux sociaux, oui. Mais globalement, je suis pas mal occupée. Est-ce que je pense qu’écrire mes pensées, en français ou anglais, me ferait du bien ? D’autant que je suis en pleine tempête hormonale ? Oui. Est-ce que j’ai envie de me stresser en rajoutant une case en plus sur ma to do, sachant que c’est en général la voie royale pour le burn-out.
Tout devient matière à anticipation
Car oui, la charge mentale du développement personnel, comme toute charge mentale, risque de conduire au burn-out. C’est tout le noeud du truc. On considère parfois que l’injonction à la minceur des femmes est un des moyens qu’utilise le patriarcat pour les soumettre, notamment en les rendant plus faibles. N’ayant pas creusé le sujet, je ne défendrai pas cette thèse. Je ne l’infirmerai pas non plus. Mais surtout, la charge mentale est un frein à l’épanouissement. Je veux dire si je passe ma journée à penser bouffe… ou écriture du journal intime, méditation, ce que vous voulez, j’ai moins de temps pour avancer dans la vie. Pire, j’ai ce poids sur mes épaules de ce que je dois faire, ce que je dois prévoir. Le contrôle du poids implique des stratégies d’évitement, notamment de la vie sociale. Si je sors avec mes copines, je vais boire un verre. Potentiellement du mauvais sucre si je prends un soda ou, pire de l’alcool. Mais qui commande une verveine en virée entre amis ?

Ne t’isole pas !
Et ça s’étend à à peu près tout. Par exemple le Miracle Morning. Si je veux me lever à 5h du matin, je vais pas faire la fête avec mes amis la veille, par exemple. Alors certes, on va sans doute privilégier ce qui nous fait du bien. Est-ce que je préfère une soirée entre amis ou me reposer ? C’est à chacun de voir. Je ne crois pas que sortir si on n’en a pas envie soit une bonne chose en soi. Même si j’ai vu passer une étude qui mettait en corrélation fermeture de PMU et montée de l’extrême droite* car on a de plus en plus de gens qui n’ont plus pour seul horizon que la télé. Là où on te fait croire que la France, c’est le pays le plus dangereux du monde, tsé. Ne faites pas ça, les gens.
Prends juste ce qui te fait du bien
Le truc de la charge mentale du développement personnel, c’est déjà d’identifier ce qui te fait du bien ou pas. Si tu te mets à la méditation en rechignant, ne le fais pas. Cette pratique fait certainement du bien à différentes personnes, je ne dis pas. Mais manifestement pas à toi donc lâche l’affaire. Tu ne peux pas remplir ton agenda de pratiques qui ne te conviennent pas. La méditation, le yoga, le running, le padel… On a déjà pas beaucoup de temps libre, ne le gâche pas avec des trucs qui ont, peut-être, marché sur un mec qui a écrit un bouquin et se positionne en gourou. Parce que lui, il l’a vécu, il sait. On vit déjà une période compliquée, c’est pas la peine de s’en rajouter en se créant une routine impossible à tenir…
Je suis une ratée car je ne fais pas tout
Parce que, voilà le deuxième effet Kisskool : l’autoflagellation. Que ce soit pour la perte de poids ou n’importe quelle routine de développement personnel, on va inévitablement se reprocher le moindre écart. Mince, j’ai mangé une glace. Mince, j’ai pas fait mes dix minutes de méditation quotidienne. Petit-à-petit, ces “manquements” vont dessiner un portrait peu flatteur. Une vérité qui nous blesse. Si je ne suis pas heureux ou heureuse, c’est parce que je ne suis pas capable de faire correctement les choses. J’ai craqué, je ne mérite pas le bonheur.
Spoiler : personne n’est parfait
Alors que bon, la perfection n’étant pas de ce monde, n’importe quel processus d’amélioration de vous-mêmes que vous allez suivre connaîtra des hauts et des bas. Evidemment, quand on cherche à devenir un ou une autre, c’est qu’on n’est pas bien fan de soi donc on s’obsède. Je dois, je dois, je dois. Tous ces devoirs qui s’ajoutent aux obligations de vos vies. Parce qu’on ne peut pas tout négocier. On n’est pas obligés de faire du yoga alors que de travailler pour gagner de quoi payer les dits cours de yoga, bon…

Parfois, on ne peut pas tout faire comme prévu et c’est ok
Bref, tout est question d’équilibre. Consacrer du temps à ce qui nous fait du bien, oui. Je suis la première à organiser mon emploi du temps pour être sûre de pouvoir aller à la piscine. Cependant, j’accepte aussi le fait que si je ne fais pas tous les séances de sport que j’ai planifiées, c’est ok. J’essaie de bien manger, surtout en terme de variété, mais si y a un soir où mon mec et moi sommes fatigués et qu’on mange un truc pas bien élaboré, c’est pas grave. J’essaie de tenir mon rythme d’écriture mais parfois, il y a des jours où je ne peux pas écrire autant que je le voudrais. Parce que j’avais autre chose de prévu ou juste parce que j’étais fatiguée. Il fait actuellement 39° selon mon téléphone au moment où j’écris ces lignes donc, oui, j’ai un PEU chaud. Et je pédale un peu à écrire vu que je n’ai ni tonus ni concentration. Je l’accepte. Il n’est pas question de compenser ça. Je pense juste que je vais aller retrouver mon brumisateur.

Ne t’empoisonne pas la vie
Bref, avoir une vie plus jolie, c’est bien. Mais si ça vient empoisonner ton espace mental, ma foi… Le remède devient alors pire que la maladie.
* J’ai cependant pas analysé l’étude en profondeur donc je la cite avec des pincettes

