Un ikigai pragmatique 

Un ikigai pragmatique 

Nouvelle semaine et chaque jour qui passe le rapproche peu à peu de la fin de ma formation. J’ai le seum, je vous dis pas. Je veux faire ça toute ma vie, moi, apprendre des trucs. Mais la vie n’est pas un gigantesque parc d’attraction où l’on fait que ce que l’on veut. À moins d’être rentière mais ce n’est pas mon cas. Donc il va falloir que je retourne bosser et je dois activer mon ikigai histoire de me motiver un peu. Iki quoi ?

Le livre de l'ikigai
(c) Finde Zukunft

Si vous tournez un peu autour des sphères bien-être, développement personnel, vous avez déjà entendu ce terme. On appelle ça l’étoile du nord, parfois. C’est la motivation ultime, ce qui nous encourage à suivre une voie, à la confluence de nos besoins et de nos envies. Bon, l’ikigai, c’est un peu un truc de privilégié parce que parfois, dans la vie, tu as tellement de besoins que l’envie… Bon. Je veux dire personne ne fait un job alimentaire par envie. Sinon, on n’appellerait pas ça ainsi. Bref. 

Lors de cette formation bientôt finie, je me suis éclatée sur la data analyse et oui, ce domaine me plaît. Bien plus que le marketing digital, c’est évident. Sauf que… la petite voix vicieuse commence à me susurrer des sales trucs. Que je n’utiliserai pas la moitié de ce que j’ai appris dans mon futur boulot. Et mon expertise ne pèsera rien face à des décisionnaires hors sol. Que je finirai par poster des mêmes sur LinkedIn pour dire que mon dashboard est parfait mais que personne ne l’utilise. Gros drama des data analystes ça. Bref, ma méchante voix rit en m’annonçant que le bonheur, c’est bientôt fini. Connasse. 

Une femme de dos se cache le visage
(c) Alex Dukhanov

Je procrastine sur les candidatures. Maintenant, j’ai mis en place une « technique » : j’envoie des CV sans lire l’annonce. Histoire de ne pas renoncer parce que y a un truc que je ne sais pas faire. Oui, ok, c’est pas bien gentil pour les RHs mais il y a quelques années, j’avais décroché un entretien pour un autre poste que celui pour lequel j’avais postulé car la DRH avait lu mon CV et y avait trouvé un intérêt. Après, je postule pour des postes en data, hein. Pas pour être dev back-end ou tourneur-fraiseur. J’arrose un peu ciblé. Mais j’y crois même pas. 

Alors je me dis que je ferais mieux de réaliser un super book en ligne, de lister toutes les entreprises qui m’intéressent pour envoyer des candidatures spontanées et même me déplacer pour me présenter. Je ne crois pas que ça file du boulot, ça, mais y a un élan. Mais pour faire tout ça, faut quand même être motivée. Et je le suis peu. Traumatisme du monde du travail, haine de la hiérarchie et des patrons. Conviction que la malchance me poursuivra jusqu’à la retraite. 

Lego brisé
(c) Jackson Simmer

Il me faut donc un ikigai solide pour persister. Et force est de constater que la seule voie qui se dessine pour moi, c’est… de trouver du taf pour mon mec. Pas lui trouver un taf à lui, hein. Me trouver un taf pour que je ne sois pas un poids mort pour lui. Pour lui payer des vacances cet été. Et nous payer un pur voyage de noces l’an prochain. Oui, dans un mois, on part pour un voyage de rêve dont il finance 80%, à vue de nez. J’ai insisté pour investir mon livret développement durable dans l’affaire parce que je n’arrive pas à accepter qu’il paie tout. Le deal est donc le suivant : si je retrouve un job avant cet été, c’est moi qui régale pour les vacances estivales. 

Je sais pas si c’est un bon plan de choisir comme ikigai “le faire pour quelqu’un d’autre”. Je veux dire si on se sépare demain, je n’aurai plus aucune volonté d’aller bosser ? Bon, si on se sépare demain, l’ikigai sera désormais “prends n’importe quel job alimentaire parce que t’as pas envie de retourner vivre chez tes parents à 46 ans”. Je vous avoue que je trouve la version “payer des vacances à son mec” un peu plus sympa, quand même. 

Plage des Saintes

Et puis, dans mon ikigai, il y a moi, aussi. Je n’aime pas le monde de l’entreprise, ok. Mais j’aime bien vivre dans une certaine opulence. Je n’ai jamais eu un énorme salaire, hein. Même, j’aurais eu des enfants, même juste un, les fins de mois auraient sans doute été plus compliquées. Mais j’ai, depuis de longues années, un salaire suffisant pour survenir à mes besoins et mes envies. Je peux voyager, m’acheter des fringues, payer cher un coiffeur pour un travail de coloration aux petits oignons. Je ne suis pas forcément dans un consumérisme forcené mais le fait de savoir que je peux me faire plaisir me suffit. D’ailleurs, le fait de devoir faire attention me frustre énormément et j’ai tendance à avoir l’argent qui me brûle les doigts, ressentant le besoin d’acheter plein de trucs. Un peu comme les craquages de régime, finalement.

C’est sûr qu’en tant que gauchiste, avoir pour motivation l’argent et le consumérisme, il y a comme une petite contradiction. Mais en vrai, ai-je une autre raison de rejoindre le monde du travail ? Je vais encore insister sur un point : ce n’est pas de travailler qui me rebute. C’est que ma carrière soit soumise à des abrutis incompétents et despotiques. Pardon mais ça fait six mois que je suis en thérapie à cause d’eux et la seule conclusion, c’est que je suis mal tombée. Ok mais quand je suis des comptes Insta comme Balance ton agency, il semble que je ne sois pas la seule à qui ça arrive. Donc oui, clairement, la seule raison que j’ai de trouver un boulot, c’est de gagner de l’argent. Le rêve, après, ce serait de passer 8h pas trop désagréables.

Open space avec une bonne ambiance
(c) Mimi Thian

Je n’ai pas besoin de plus parce que ma vie hors professionnelle est épanouissante intellectuellement parlant. Outre mon écriture, je fais un peu d’arts visuels. Et j’ai plein de projets data qui ne me paraissent pas forcément rentables mais qui m’emballent. Un défi intellectuel. Ca peut paraître triste de se dire que mon (futur) emploi ne sera qu’un moyen de gagner de l’argent et en aucun cas un épanouissement intellectuel. Je ne dis d’ailleurs pas que ce ne sera pas le cas. Si j’arrive à trouver un boulot un peu exigeant niveau data, y a moyen que je me casse un peu la tête. Seulement, ces postes-là, ce sont un peu des licornes. Doit-on attendre de trouver sa licorne ou est-il plus prudent de grimper sur le premier poney venu ? 

Bref, mon ikigai doit être le plus pragmatique possible. Parce que sinon, je serai déçue. Parce que même quand je trouve une boîte sympa, ça finit par tourner au vinaigre. A chaque fois que je me suis retrouvée au chômage ces dernières années, j’ai eu le même élan. “Prendre n’importe quel job parce que j’en ai marre”. Un job dont je me fiche un peu. Qui ne pollue pas ma vie personnelle parce que, elle, elle est vraiment super. Cet élan, ce réflexe devrais-je dire, me révèle une vérité. Moi, je m’en fous de ma carrière. A 46 ans, je suis au chômage, je n’arrive jamais à choper de promotion. Par contre, j’ai une splendide collection de médailles en chocolat. J’ai l’impression que je dois réussir parce que c’est ce qu’on attend des gens. Surtout des gens qui, paraît-il, sont brillants. Moi, on m’a dit plein de fois que j’étais brillante mais vu que ça ne m’a jamais ouvert aucune porte, finalement… Je crois que je vais devenir brillante en mode “pulls en sequin, maquillage et vernis paillettes”. D’ailleurs, je porte actuellement un très beau vernis bleu effet holographique, c’est incroyable.

Ongle avec un vernis bleu holographique

Donc on inverse le storytelling. On ne cherche pas la licorne, on cherche un poney. Un poney gentil qui nous permet de vivre pleinement sa vie personnelle riche et épanouissante. Dis comme ça, franchement, mon ikigai pragmatique, il est pas mal. En plus, j’ai repéré ce short incroyable chez Disturbia et il me faut un salaire pour me l’offrir. Ah oui, 2026, je pousse les putters de la coquetterie à balle mais on en reparlera !

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