Comme une envie de coquetterie
C’est le printemps, il fait beau, il fait chaud. Laissez-moi humer le doux parfum des pâquerettes et éternuer. J’essaie de travailler sur mon projet nouvelle vie même si c’est un peu dur de trouver un nouvel élan alors que je suis encore en atterrissage de mon voyage de rêve. Je me suis déjà teint les cheveux. Je voulais du roux en espérant que ce soit pas trop rouge. Depuis, mon mec m’appelle Ariel et me chante Sous l’océan. Mais c’est le premier pas vers une envie de coquetterie.
On a comme une envie de prendre soin de nous
Mais ne croyez pas que mon envie de coquetterie est simplement liée au printemps. Oui, ça aide, on ne va pas se mentir. Mais c’est une conversation que j’ai eue dès la fin janvier avec ma meilleure amie. On parlait de nos résolutions de début d’année et nous avons réalisé que nous avions envie, toutes les deux, de “prendre un peu plus soin de nous”, à commencer par de la coquetterie. Se maquiller plus, s’habiller plus joliment. C’est vrai qu’après cinq mois de formation en jogging, je ressens comme un besoin de me reprendre un main. D’autant que j’ai oublié mon jogging de chômage dans un hôtel de Nouvelle-Zélande. Ce qui est bien dommage car quel confort.
Une histoire d’hormones ?
Cependant, moi, je suis au chômage mais pas ma besta. Alors pourquoi on ressent ce même besoin de se faire plus jolie, de prendre plus soin de notre apparence ? La première réponse qui me vient à l’esprit, c’est… les hormones. Alors oui, certains diront que je focuse un peu sur ma périménopause intermittente mais franchement, je pète des câbles en permanence. Je suis euphorique ou au fond du trou, la seule alternative qui a l’air d’exister, c’est : dormir. Pas du tout fatigant cette histoire. Officiellement, ma besta n’a pas commencé à la sienne mais au vu de la liste de symptômes aussi divers que variés, en vrai, c’est difficile à dire. Autant les bouffées de chaleur sont faciles à identifier ainsi que les aménorrhées mais le reste… Je veux dire, est-ce que je suis d’humeur intense parce que je subis une attaque hormonale ou est-ce une dépression de type “personne ne veut m’embaucher, je vais finir sur un plateau de téléphonie à me faire raccrocher au nez huit heures par jour ». Ce qui serait sans doute un retour de karma vu que je raccroche au nez de tous les démarchages.
Je suis comme un oiseau en pleine effervescence
Donc oui, en ce moment, j’explique tous mes états par les hormones. Genre je serais comme un oiseau qui a un peu chaud et qui a besoin de se parer de mille couleurs. Cheveux, paupières, ongles, j’en mets partout. Alors oui, je sais, chez les oiseaux, ce sont les mâles qui paradent. Sauf chez le kiwi où c’est la femelle qui appelle quand ça la gratte. Je l’ai entendu de mes audio-prothèses entendu. Et je ne me pare pas de couleurs dans une optique de séduction puisqu’en ce moment, mes occasions de maquillage sont mes rendez-vous à Cap Emploi ou dans une boîte privée chargée de me trouver du taf parce qu’apparemment, France Travail ne sert plus à ça (?). Ou des soirées entre potes. Potes du genre féminin et, à ma connaissance, hétérosexuelles. Je veux dire le seul endroit où je pourrais faire ma parade nuptiale des couleurs, c’est à la salle. Et pas côté aquagym où il n’y a que des dames. Et quel est l’endroit où je ne débarque pas maquillée parce que le liner qui coule façon Slave for you de Britney, c’est démodé depuis 15 ans ? Bah la salle… Après, je me pare effectivement de couleurs après une séance de bike mais le rouge tomate de mon visage transpirant ne me paraît pas super sexy… Bref.
J’ai l’âge de faire ce que je veux
Une autre piste à investiguer : être une femme de plus de 45 ans. Evidemment, les hormones mais sociétalement parlant, nous changeons de statut. Bon, déjà concernant ma besta et moi, nous sommes toutes les deux maquées de plus ou moins longue date. Donc pas d’enjeu de séduction. Et justement, est-ce que notre coquetterie n’est pas l’expression d’une forme de liberté ? Je ne ressens pas le besoin d’être validée par la gent masculine, déjà parce que socialement, je vais passer dans la catégorie “stérile”. Bon, déjà, à 46 ans, même si la machinerie fonctionnait encore parfaitement, ça me paraîtrait compliqué. Mais nous sortons du terrain de chasse des hommes et essuyons au global moins de commentaires sur nos physiques. Le moment parfait pour faire ce que l’on veut.

Se débarrasser des injonctions est un combat
Oui, certains vont me dire “mais on s’en fout des injonctions et du male gaze, faut pas attendre 45 ans pour se plaire d’abord à soi”. Je suis d’accord… sur le papier. Dans la vraie vie, échapper aux injonctions signifie qu’il faut d’abord les identifier et ce n’est pas si évident. J’envie un peu nos petites soeurs qui ont accès à du contenu qui déconstruit les normes du genre, les injonctions à la minceur, à suivre une certaine norme esthétique. Même si, on ne va pas mentir, ces contenus pullulent en parallèle de contenus sur la minceur, la perfection du corps, des cheveux, des ongles, de la peau… Des milliers de pilules pour des besoins souvent inventés. Tiens, prends cette pilule qui lutte contre le cortisol qui cause bien des tracas. Cortisol is the new gluten, tsé. Mange du collagène, ça te fera du bien. Et je ne parle même pas d’ultra fashion qui te laisse penser qu’une tenue portée trois fois, c’est déjà limite une fois de trop.
Je veux être une gerbe de couleurs
Mais oui, j’ai 45 ans et je n’attends plus rien de mon physique, si j’ose dire. J’attends des choses de mon corps. Genre là, j’ai envie de tester le body pump. Oui, le sport est clairement mon antidépresseur et ça va finir par poser problème mais on n’en est pas là. Mais j’ai envie de me permettre des choses. Des cheveux aux couleurs rigolotes, des paillettes, faire péter les couleurs et la joliesse. Juste pour me regarder dans la glace et me trouver bien cool. Faire ce que je veux de ce corps qui n’a plus besoin d’un regard masculin pour se sentir valable vu que, de toute façon, on sort de leur scope. On n’a plus de compte à rendre à personne. Ni à nos parents, ni à nos mecs, ni à la société. On peut être nous sans nous en excuser.
Je me la joue punk à chat
Oui, sans doute est-ce triste d’attendre 45 ans pour vivre sa vie. Et peut-être que ma grille de lecture n’est pas bonne non plus. Peut-être est-ce juste qu’en ce moment, quand je me regarde dans la glace, j’aime plutôt bien ce que je vois. Ca dépend des jours bien sûr, je vais pas vous refaire une dissert sur les hormones et le fait que je ne suis pas quelqu’un de juste milieu. Mais forcément, ça donne envie de s’amuser un peu. Mettre des ongles en gel de toutes les couleurs, même si je galère encore à gérer le truc. J’en perds toujours un dans la bataille. J’ai envie de me colorer les cheveux en violet, rose ou bleu. Pas vert, ça ne m’ira pas. J’ai envie de me la jouer punk à chats. Et encore, le chômage m’empêchant de dépenser trop, ma garde robe va rester raisonnable, pour le moment. Même si là, je lorgne sur des maillots de bain deux pièces, parfait pour glander dans mon jardin. Oui, je chope pas un seul entretien alors je prends la vie du côté bronzette. Je ne suis pas responsable de l’état du marché.
Bref, quelle que soit la raison, j’ai envie de devenir une princesse paillette. Qui m’aime me suive !



