Je suis la somme de mes traumatismes pro

Je suis la somme de mes traumatismes pro

Article que j’aurais presque pu caler sur Citizen Bartoldi mais dans la mesure où je vais un peu parler de mon bilan de compétences débutant, il sera tout aussi bien ici. Car aujourd’hui, on va tenter de déconstruire quelques pensées limitantes que j’ai acquises notamment au travers de quelques uns de mes traumatismes pro. Surtout qu’à la fin de l’article, je vous amènerai vers ma pensée limitante majeure qui fera l’objet de l’article suivant. Oui, on dirait pas mais y a une suite logique dans ce que je fais.

Vivre des traumatismes
(c) Luis Galvez

La complainte de l’éponge

Je suis une éponge. Surtout une éponge à saletés, je dirais. Comme la plupart des gens, je crois. En quinze ans de vie professionnelle, je ne suis pas tombée que sur des gens bienveillants qui voulaient me pousser sur de bons rails. Il paraît que mon secteur est bien pourri. Effectivement, quand je furète sur Balance ton agency, je me dis que j’ai pas vécu le pire. Des humiliations et rabaissements, oui. Mais je n’ai pas été confrontée au pire du pire. Cependant, il y a des coups, symboliques, qui finissent par laisser des traces. On finit un peu par se persuader qu’on n’est pas ouf comme employé.e. Qu’on est un.e imposteurice. Hé oui, un milieu toxique et des managers pas ouf, pas étonnant qu’on soit autant à souffrir du syndrome de l’imposteur, hein.

Je ne veux plus subir

Je débute une nouvelle période de ma vie. Conséquence assez évident de mon déménagement dans le sud il me semble mais j’en reparlerai. J’ai eu le courage de dire stop. Cependant, je pense que je vais cultiver mon burn-out jusqu’à ma délivrance car il ne semble pas qu’il soit prévu de me soulager dans mes tâches. Ma vie professionnelle, je l’ai subie pendant quinze ans. Je suis rentrée dans un milieu que je n’aime pas par hasard, je ne me souviens pas avoir été particulièrement heureuse et épanouie durant ces quinze ans sur le volet pro. A part quand je faisais un peu de social listening avec un côté un peu sociologique. Et j’aimais un peu le community management à l’ancienne où un post te servait à diffuser un savoir, une information et pas caler ta marque dans des conversations ou essayer de vite choper un mème pour faire le buzz. Ou faire croire que ma marque est super éthique alors que c’est juste du pia pia sans aucune réalité derrière. 

Où est passé mon moi confiante ?

C’est pas forcément facile d’admettre qu’on a insisté pendant quinze ans sur une voie qui ne nous convenait pas vraiment. Quinze ans, c’est quand même un peu plus que le tiers de ma vie. Je ne regrette pas mon parcours en soi. Déjà parce que pleurer sur ces quinze ans ne m’apportera rien mais surtout, j’ai grappillé quelques compétences à droite, à gauche, qui me serviront peut-être pour la suite. Ce que je regrette, ce sont les coups qui m’ont marquée sans que je m’en rende compte. Lors de mon arrêt Covid, j’ai commencé à travailler sur le désossement des vingtenaires. En gros, je regarde quels articles je veux récupérer, le reste disparaîtra dans les limbes. Essentiellement parce que ce que je racontais de ma vie perso y a dix-sept ans ne sera pas utile à grand monde “ohlala, les mecs sur Meetic, y en a qui sont relous”. Certes mais je crois que c’était soft par rapport à Tinder, de ce que je peux en lire ou entendre. Par contre, un truc m’a frappée : j’étais hyper sûre de moi. Je me sentais à la hauteur de plein de tâches, je pensais que l’avenir m’appartenait parce que j’étais brillante ou je ne sais trop quoi. Un peu de morgue, certes, mais… j’en ai fait quoi de cette fille ?

Une fille combative
(c) Diao Darius

Quand tu arrives pure sur le marché du travail

Il y avait sans doute un peu d’immaturité, le parcours d’une fille qui n’a pas connu l’adversité. Le collège-lycée a été une période plutôt sympa pour moi. Je n’ai pas subi de traumas particuliers. Les profs étaient globalement contents de moi malgré quelques accidents, des mauvaises notes surprises. Ca arrive, c’est pas grave. Je suis arrivée à l’âge adulte avec cette conviction “parfois, je me rate mais tout est bien qui finit bien”. J’ai donc abordé ma vie pro avec le même élan et aujourd’hui encore, je m’accroche à ce mantra “tu sais qu’à la fin, tout ira bien”. Parce que j’ai toujours réussi à m’en sortir, oui. D’ailleurs, ça a été mon premier contre-kems quand j’ai envisagé la démission. Accroche-toi, ça va aller. Tu le sais, ça finit toujours bien. La différence, c’est que je me trimballe quinze ans de traumatismes pro. Des petits riens la plupart du temps. Mais ça finit par constituer un bagage trop lourd pour continuer à avancer sereinement.

Mes défauts pro sont-ils réels ou provoqués par la situation ? 

En commençant le bilan de compétence, j’ai rempli un questionnaire où on me demandait quelles étaient mes pensées limitantes. Un : la procrastination. En deux, il me semble, des difficultés d’organisation. Classique. Sauf que si je me réfère à ce poste précis qui a enclenché ce virage dans ma vie, il y a deux points à retenir. De un il est assez difficile de s’organiser quand on passe sa vie en réunion. Il y a des jours où j’ai littéralement une heure trente sans réunion sur toute la journée. Et même pas une heure trente d’affilée pour avancer, non. Depuis quelques années, j’essaie d’adopter un rythme de travail efficace (le 52/17) et j’échoue car… il est quasi impossible que je puisse bosser 52 minutes sans être interrompue. Quant à la procrastination, elle est réelle mais souvent explicable par une fatigue physique et/ou morale… ou le fait que ma prochaine tâche va prendre du temps et que je ne l’ai pas, justement.

Un tableau en noir

J’ai beau rationaliser ou sortir de mes souvenirs mes petits trésors de réussite, ça galère. Quand je chouinais sur tout ce que je ne faisais pas par procrastination auprès de mon hypnothérapeuthe, elle avait soufflé par le nez. “Vous êtes l’une des personnes les plus actives que je connaisse”. Les gens sont étonnés de tout ce que je fais. J’écris et je crée, déjà. Des powerpoint arts, des photos Playmos. Je me promène, je cuisine parfois, je fais des Legos. Je fais même parfois du sport. Ils sont rares, mes moments de glande, finalement. Après, je reste humaine. Une de mes copines m’avait dit un jour “une entreprise qui fonctionne bien, c’est une entreprise qui te demande d’être à 80% de tes capacités. Tu passes à 100% en période de crise”. Nous savons tous la réalité des faits. On nous demande d’être à 100% en permanence, voire plus… et pour les crises, tu te dopes au café, au Redbull ou à la coke et ça passera. Tout ça je le sais mais le noir surnage sur le blanc.

Une grande fatigue
(c) Luis Villasmil

Je mérite de ne plus souffrir

Et puis, il y a LA pensée limitante. La pire, je crois. La pire car elle ne dépend pas de moi, finalement. J’ai un travail d’apaisement à faire, admettre que je ne serai jamais parfaite et que ce n’est pas très grave. Et admettre que je ne suis pas si pire. Voire un très bon élément si on me met sur les bons rails. Mais surtout il va falloir que j’admette quelque chose. Et là, le travail est colossal. Il va falloir que j’admette que je mérite d’être épanouie dans ma vie pro eeeet… que oui, le travail peut ne pas être une souffrance. Gasp.   

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