Du courage ou de la lâcheté ?

Du courage ou de la lâcheté ?

Remise en contexte : 08 avril, me voici officiellement positive au Covid. Fièvre, frissons mais surtout joie d’être en arrêt maladie donc prise de conscience que ça va pas. Ce boulot ne me convient pas. Du tout. Petit à petit, l’idée s’incruste dans ma tête, poussée par un corps à bout de force : démissionne. Démissionne, démissionne. Cette idée, je la tourne et la retourne dans ma tête, tel un bonbon caramel qui teinte ma salive de sucre. J’ai envie. Mais est-ce du courage ou de la lâcheté ?

Du courage pour relever les défis
(c)Robert McGowan

Baisser les bras trop vite

D’abord, j’ai repoussé cette idée. Celle de la démission, je veux dire. J’ai tourné ça dans ma tête tandis que je montais mon Lego d’anniversaire. Les appartements de Friends, pour ceux qui demanderaient. Mon premier réflexe a été de voir cette inspiration comme de la lâcheté. Ca ne fait que trois mois que j’y suis, j’ai limite pas essayé, là. Chez Vinyl aussi, j’en ai grave chié, au début. Au point de me faire arrêter une dizaine de jours. Ce qui m’avait permis de lancer ce blog, d’ailleurs. Mais après, quand mon N+1 toxique avait été dégagé, ça avait été mieux.

Lego's friends : Phoebe
Phoebe a toujours été ma pref’

Nina la guerrière

Car je suis persévérante, moi. Des situations compliquées, difficiles, j’ai connu. J’ai connu ça presque toute ma carrière, finalement. Commencer par un métier qui n’existe quasiment pas où tu inventes tes bonnes pratiques jour après jour. Des apprentissages en deux minutes avec ordre de pas se louper parce que le client est déjà pas content. Alors que tu ne le connais même pas, le client. Bref, des giclées de stress qui te lessivent le ventre, c’est pas mon quotidien mais pas loin. Certains me diront que c’est absurde car je ne sauve pas de vies. Je fais juste qu’à précipiter notre civilisation vers le chaos en poussant tout le monde à la surconsommation. Yay.

Souviens-toi tes succès

Dans les moments de crise, je convoque mes souvenirs. Je repose l’équation : j’ai accepté un poste sur un levier digital que je maîtrise peu et que j’ai bien précisé maîtriser peu en entretien. Je suis arrivée en plein marasme après le départ du directeur historique du pôle, le congés maternité avancé de la responsable d’équipe et la senior de l’équipe en arrêt “mystérieux”. Et que s’apelerio en burn-out. On est dans le cas relativement commun du “je te jette dans le grand bain, démerde-toi pour nager même si tu sais pas”. Ca m’est arrivée plus souvent qu’à mon tour, il me semble. Je pense que j’analyserai tout ça un jour sur Citizen Bartoldi, le blog où je dis très souvent que je déteste le monde du travail. 

Ce que j’ai déjà vécu

J’aligne donc mes souvenirs, toutes ces fois où j’ai surmonté les difficultés pour devenir bonne dans mon domaine. Je peux le faire. Je l’ai déjà fait plusieurs fois. Il faut juste s’accrocher, serrer les fesses. Oui, ça fait trois mois que je me dis ça. Après cette échéance, ça ira mieux. Genre cette grosse pres… qui a généré encore plus de taf. Accroche-toi, accroche-toi. C’est juste un *long* moment à passer. Sauf que dans mon souvenir, il y a aussi les regrets. Il y a Pubilon, la boîte qui m’a pliée en deux et m’a fait découvrir les anxiolytiques. Avec cet éternel regret : pourquoi je ne me suis pas faite arrêter ? Et puis il y a eu le taf suivant. Six petits mois avant d’être remerciée à la fin de ma deuxième période d’essai… dans un immense soulagement. Parce que ce poste était nul. Parce que je détestais y aller (cinq fois par semaine à l’époque). Que quoi que je fasse, ça n’allait pas. J’avais une très mauvaise manager incapable d’expliquer ce qu’elle voulait et qui m’avait clairement prise en grippe. Au point qu’une alternante m’avait défendue un jour tellement ça la saoulait. Je repense à cette histoire en me disant qu’à l’époque, je n’avais pas eu le courage de claquer la porte, moi. Parce que j’avais été fragilisée par Pubilon. Parce que j’avais besoin de tune, aussi.

Déprime professionnelle
(c) Eric Ward

La vie serait plus douce au chômage

Mais là… deux éléments. De un : si je n’avais pas pris ce job, je toucherais au moins autant voire plus au chômage. Merci mon gros salaire parisien d’avant le départ. L’équation est absurde : toucher de l’argent en travaillant et en étant malade de stress ou toucher de l’argent et me diriger vers une nouvelle vie en toute sérénité ? Mais surtout j’avais prévu mon coup dans ma dernière boîte. Je ne savais pas si j’allais avoir une rupture conventionnelle donc j’avais mis plein d’argent de côté. Donc même si je n’obtiens pas de rupture conventionnelle ce coup-ci, je peux absolument gérer quelques mois sans revenus. Surtout que l’idée n’est pas de passer la journée en pyjama à me gratter la nouille en observant les fissures au plafond. Surtout que y en a pas de fissure. Non, j’ai ce projet en tête et… vais-je avoir le courage d’y aller ?

Le rêve du bilan de compétences

Car oui, le plan initial pour mon arrivée à Bordeaux était de me lancer dans un bilan de compétences pour quitter ce milieu qui ne m’épanouit plus. Enfin, plus, m’a-t-il épanoui un jour ? Héééééé… joker. Mais j’ai ce boulot qui est apparu de nulle part et qui m’a paru une solution acceptable… par lâcheté ? Bah oui, un CDI, c’est pas de paperasse. Pas de “comment je fais pour la mutuelle ? Et pour les impôts ? Et puis un bilan de compétences mais est-ce la solution ?”. Bref, j’ai eu la flemme. Oui, chez moi, la flemme consiste à prendre un taf. Certains parleront de fuite en avant… et ils auront raison. 

Les calculs sont bons

Sauf que ça ne marche plus. Je ne suis plus en phase. J’ai choisi l’option de facilité, elle me revient salement à la gueule. Sans doute parce que dans ma prise de décision, j’ai pas pris tous les éléments en compte, je ne sais pas. Mon mec m’avait prévenue, pourtant : “ça fait des années que tu parles de faire un bilan de compétences et tu repousses encore”. Comme s’il avait deviné comment ça allait se passer. Mais en résumé : tous les signaux sont au vert. Financièrement, je peux me permettre. J’ai tellement de CPF que ça me paie le bilan de compétence et, éventuellement, une formation complémentaire. Et surtout, j’ai le courage de le dire : ce milieu de ne me convient plus et…j’ai le droit d’être un peu plus heureuse que ça, professionnellement parlant. De ça aussi, on va en reparler.

Le courage de chercher l'épanouissement au travail
(c) Brooke Cagle

Et c’est parti…

Bref, j’ai annoncé jeudi mon intention de partir, on va voir ce qu’ils me proposent. Je ne sais pas encore si ma décision relève du courage ou de la lâcheté. Quelle aurait été la solution de facilité dans cette histoire ? N’ai-je pas fait un gros caprice ? De toute façon, c’est sur les rails. Le train est parti, je vais m’asseoir à la fenêtre pour essayer de découvrir ma destination au plus vite. 

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