Tu ne gagneras rien à être martyre du boulot

Tu ne gagneras rien à être martyre du boulot

Je poursuis mes histoires de boulot vu que je suis en pleine tempête dans un bocal sur le sujet. Résumé des épisodes précédents. En plein burn-out, j’ai démissionné et je me lance dans un bilan de compétences car j’en peux plus de mon milieu toxique as fuck qui te presse comme un citron qu’on aurait placé sous les roues d’une voiture pour être certain qu’on n’a pas laissé une goutte de jus. J’ai atteint un tel niveau de surcharge que samedi, je me suis levée avec des courbatures aux épaules et au dos tellement j’ai passé la semaine tendax. Et non, ça ne vient pas d’une quelconque activité sportive, je n’ai plus le temps pour ça. Je n’ai plus le temps pour rien. Je suis une martyre de la cause et… ça n’a aucune utilité. 

Une martyre du travail
(c) Engin Akyurt

Coincée par la money

Alors point « pourquoi tu ne t’arrêtes pas ? « avant de pour suivre. Ma boîte ayant refusé une rupture conventionnelle car » t’avais qu’à prolonger ta période d’essai », je m’achemine vers quatre mois sans revenus avant de déclencher les assedics. Or étant arrivée il y a moins d’un an, je n’ai pas de maintien de salaire si je me fais arrêter. Et je ne peux pas cracher sur quelques centaines d’euros. Bref. Je me sens prise entre le marteau et l’enclume. Entre les clients mécontents parce que je ne fais pas tout ce que je suis censée faire, mon mec qui m’engueule de bosser soir et week-end, mon management qui est très étonné d’apprendre que ça ne va pas mais ne va surtout pas entrer dans la mêlée. Et cerise sur le gâteau : travaillant en binôme, c’est aussi ne pas merder sinon, ça retombera sur l’autre. Bref, je n’ai vu qu’une issue, je la prends mais le couloir pour y parvenir est si looooooong.

Profiter mais pas tout à fait

Alors voilà. Je travaille le jour, je travaille le soir, je travaille le week-end. Là, par exemple, il est dimanche et je devrais faire des tableaux excel car j’ai une pres demain. Mais comment dire ? Flemme, là, de suite. Voilà, ce dimanche est un excellent exemple du problème : ma besta est venue déjeuner avec son mari et leur fille, on a passé une super journée. Du repas qui fait plaisir aux papilles à la petite promenade dans la nature, le tout au soleil. Ce fut parfait. Mais à un moment, je commence à regarder l’heure. Faudrait pas trop qu’ils tardent, j’ai du taf, moi. Ouah… quelle belle vie de merde.

C’est moi la plus grande martyre !

Marina Rollman avait fait une chronique sur le sujet il y a quelques années, se moquant de la course à l’échalote de ses copines qui jouaient à qui était la plus “busy busy” niveau taf à base de “ah mais moi, j’ai fini à minuit, hier, je suis cla-quée”. Et Marina Rollman d’interroger  pourquoi ? Pourquoi retirer une certaine gloriole d’être harassé de travail ? Je peux comprendre qu’on peut être content d’être travailleur, investi, appliqué ou ce que vous voulez. Chacun son système de valeurs. Je peux comprendre qu’on se crève à la tâche pour son projet, parce que ça nous tient à coeur. Mais considérer qu’on est un bon salarié parce qu’on fait au moins 30% d’heures en plus que ce que l’on est censé faire, le tout en jugeant ceux qui font « juste » leurs heures, comment dire…

Martyre au travail : en faire plus ou en faire trop
(c) Carl Heyerdahl

Et à la fin, tu perds

Il n’y a rien à gagner à jouer les martyres comme ça. Vous voulez une promotion ? C’est à la machine à café ou en soirée que ça se passe. Les bourreaux de travail qui restent devant leur écran sans se faire voir ne réussissent pas. Mais surtout… il n’y aura jamais de reconnaissance. A force de travailler trop, vous donnez l’impression factice que vous pouvez gérer toujours plus. Si vous gérez quatre clients grâce à votre travail gratuit, votre chef.fe risque de ne pas comprendre le jour où vous sonnez la fin de la récré. Et accessoirement, vous ne rendez pas service à vos petites camarades à qui on va reprocher de ne pas en faire autant. Et deuxième effet kisskool : ne croyez pas que le jour où vous merdez parce que vous êtes épuisé, on vous fera une fleur. Le client veut un fusible et ça tombe sur vous. Bah ciao, merci, au revoir.

Je reconnais les items d’une relation toxique

Dans chaque “sacrifice” que l’on consent à faire, il faut que le bénéfice soit clair. Quand on en arrive à se sacrifier “parce que j’ai pas le choix” comme votre blogueuse préférée, ça ne peut pas marcher. Ca ne fait que faire monter la rancune et la colère, surtout le jour où vous vous faites sermonner car vous n’en faites pas assez. Et vous voulez connaître le pire ? C’est que j’écris tout ça en pleine conscience du problème et je ne parviens pas à le résoudre car ne pas faire mon travail, c’est planter mes collègues. Je réalise à quel point un travail peut avoir des points communs avec une relation toxique. T’as beau savoir que ça ne va pas, que ça te fait du mal, qu’il faut dire stop, tu n’y arrives pas. Parce qu’on t’a fait avaler tant de petites culpabilisations que tu n’oses plus protester. Parce que ton burn-out semi-permanent t’ôte toute énergie, aussi.

Faut que j’apprenne à dire non

Mais on ne gagne rien à se sacrifier sur l’autel du travail. Ni gloire, ni reconnaissance. Eventuellement un ulcère ou un bidou flingué. Et ne compte pas sur ton management pour repérer ta détresse. Si un problème n’est pas clairement nommé, il n’existe pas. Pratique. Alors la prochaine fois que tu termines à 22h, pose-toi cette question : à qui profite ton surmenage ? Tu ne gagneras rien à être le ou la martyre de service. Et si tu n’as pas la force de dire non, ne culpabilise pas. Le problème ne vient pas de toi, le monde du travail est fait de telle façon qu’on se retrouve souvent pris au piège dans un rapport de domination malsain. Je vais essayer de profiter de mon bilan de compétence pour poser mes conditions sur la table Day One, vitupérer quand ça va trop loin. J’aurais fait ça dans mon boulot actuel, ils m’auraient peut-être virée et j’aurais pas quatre mois sans revenus à assumer.

Bling bling
(c) Etienne Girardet

Si je parviens à trouver le courage et la force, je vous dirai.

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