Est-il dangereux d’être une stakhanoviste du positif ?

Est-il dangereux d’être une stakhanoviste du positif ?

Non mais pfff, il va vraiment falloir que je me calme sur les titres pétés. Aujourd’hui, selon mon planning de blogs, je devais vous parler des mythes personnels. Mais n’ayant aucune idée de ce que je voulais dire par là, parlons plutôt de ma tendance de stakhanoviste du positif. Ou comment à force de pas purger la cocotte, ça finit par péter à des moments où tu t’y attends pas. Et tu comprends pas trop pourquoi, tout à coup, tu pleures.

Je suis une stakhanoviste du positif
(c) Mark Adriane

Non mais y a pire…

Une des phrases que je ne supporte pas, c’est le “oh mais y a pire ailleurs”. D’abord parce que ça te pousse à accepter des situations pas ouf, surtout dans le monde professionnel, mais surtout ça n’a jamais consolé personne. Ou alors vous n’êtes pas une très belle personne. Ca m’a toujours tuée, ça. T’es déprimée, tu te confies à une personne qui te dit “oh mais ça va, y a pire ailleurs”. Loin de me consoler, ça me fait surtout réaliser que ledit ou ladite ami.e n’a pas du tout envie de compatir et évacue le sujet avec une vieille pirouette. Evidemment qu’il y a pire ailleurs. Il y a toujours pire ailleurs. Je veux dire, je suis valide, en bonne santé, j’occupe une bonne place dans la société et à part mon genre, j’ai quasi tous les items de la domination sociale. Mais j’ai beau rationaliser, y a des jours mouif voire des jours moral dans les chaussettes. Et je vais pas m’excuser de ça. D’ailleurs, j’ai déjà expliqué ici que j’ai le droit d’être plutôt down par moment.

Un printemps pas si mal…

Surtout que c’est pas gratuit non plus. J’ai décidé de prendre ce confinement comme une opportunité. Et, en vérité, je suis plutôt contente de ne pas avoir foutu les pieds au bureau depuis trois mois et d’avoir passé tout ce temps avec mon adoré. Il y a eu certes des voyages qui se sont annulés mais j’ai déjà prévu la revanche pour l’an prochain. Si mon spectacle Heathers n’aura pas lieu, Starmania devrait se jouer début novembre. Et puis j’ai pas mal écrit, terminé Augura, lancé mon compte Insta Playmobil qui va bientôt compter 200 followers (avec toi ?) et ça m’amuse vraiment beaucoup. Je pourrais presque dire que ce printemps 2020 sera, pour moi, un bon souvenir. Et j’ai conscience que cette déclaration est odieuse pour tous ceux qui ont vécu le confinement dans un espace réduit, pas forcément en bonne compagnie, ceux qui ont perdu leur emploi, ont été touché de plein fouet par le chômage partiel. Oui, ne pas aimer le “y a pire ailleurs” ne veut pas dire que je n’en ai pas conscience. Ca veut juste dire que de se consoler en utilisant le malheur des autres ne me paraît pas très sain.

Mais mon rêve s’est effondré

Mais. Il y a un gros mais. Le vrai rêve de 2020 s’effondre. Et je me le suis pris en pleine face cette semaine. Comme vous le savez, je prévoyais d’aller vivre à Toulouse et les signaux semblaient parfaitement au vert en 2019. Mais. Gros mais de merde. J’ai une nouvelle N+2 qui refuse d’avoir ses équipes à distance donc elle a jeté mon CV à l’agence toulousaine et démerde-toi. Puis le confinement est arrivé, l’agence de Toulouse m’a refusée et je suis coincée. N’étant pas de nature passive, je tente de trouver un boulot à Toulouse mais je me mange de gros murs car mon salaire parisien, même un peu diminué, ne colle pas avec la réalité du marché là-bas. Mardi matin, j’avais un entretien pour un poste full remote qui me paraissait la voie royale pour mon évasion toulousaine puisque je pouvais gérer la migration comme je voulais. Juste avant l’entretien, je vais sur ma boîte mail et découvre une fin de non recevoir pour un poste situé à Toulouse. Aïe. Bon, enchaînons sur l’entretien où je me fais clairement basher, le poste n’est pas pour moi. Il est 10h30 et je n’ai plus aucune piste. Larmes.

Etre une stakhanoviste du positif
(c) Sidney Sims

Ne pas s’arrêter sur les déceptions et ne pas les digérer…

Et je n’ai pas compris pourquoi je pleurais. Surtout qu’en creusant le poste de l’entretien de 10h, clairement, ça sent pas bon. C’est l’exact opposé de moi, j’aurais bossé pour un gars dont on pourrait tout à fait se moquer sur Neurchi de flexibilisation du marché du travail. Un vrai gourou de l’entrepreunariat… Mais c’est à ce moment-là que mon rêve à concrètement volé en éclat. Analyse qu’a fait mon cher Victor quand je me suis mise à pleurer en mode “non mais je sais pas pourquoi je pleure, pardon”. Oui, je m’excuse de pleurer, je suis pénible. “Mais c’est normal, m’a-t-il dit. On n’a pas pris le temps de digérer tous ces projets auxquels on a dû renoncer à cause du covid”.

Ca fait chier et c’est tout

Hé oui, je n’aime pas mon mec juste pour son petit cul frétillant et son sourire en coin de beau gosse mais aussi pour son cerveau. Ca fait trois mois que je me mens en chantant que tout va bien et que tout ira bien parce que la vie est belle. Non, la vie est actuellement merdique. Pour tout le monde, très certainement. Mais à un moment, faut arrêter de positiver à outrance, de faire la roue en disant que chaque difficulté est l’occasion d’apprendre ou de progresser. Oui, c’est vrai mais on a aussi le droit de s’asseoir cinq minutes et de pleurer parce que, vraiment, ça fait chier. De constater que mon rêve vole en éclat à cause d’une personne qui ne veut pas faire le moindre effort, le moindre compromis. De voir que tout un tas de mes anciens collègues ont pu négocier une vie en province contre quelques allers-retours alors que moi, malgré les kilotonnes de compliments que je ramasse sur mon travail, mes compétences, non.

Fresque Claude Nougaro à Toulouse

Chercher le positif jusqu’à l’absurde

Le souci, c’est que la stakhanoviste du positif que je suis, de façon ridicule parfois, refuse la tristesse et le coup de mou. L’absurdité du positif m’a éclaté au visage un jour où une femme de ma connaissance pose la fameuse photo des enfants cantonnés à de petits carrés dans une cour de récréation pour respecter la distanciation sociale. Alors qu’elle partageait son émotion, elle a récolté des commentaires de type “la vie est un jeu”, “quel formidable terrain de jeu” ou je ne sais quoi. Mais vos gueules, un peu. Aucun enfant ne veut jouer seul dans 1m² s’il a des copains à juste à côté. 

Tout n’est pas toujours rose et on a le droit de le dire

Alors oui, ce qui nous tue pas nous rend plus fort. Oui, il y a pire ailleurs. Oui, j’ai pas dit mon dernier mot sur Toulouse. Parce que ma boîte trouve que le télétravail, finalement, c’est formidable et que moi, j’ai décidé d’aller le passer en Occitanie. Oui parce que mon mec, lui, ça poserait zéro soucis de télétravailler dans la ville rose. Quand je vous dis que ça m’énerve que moi, j’ai pas droit au même rêve. Oui, ce n’est pas grave et y a encore de l’espoir. Mais tout refouler sous prétexte de la positive attitude, ce n’est pas sain. C’est comme les poubelles, ça sert à rien de les garder chez soi en se disant qu’on en fera du compost alors qu’on vit en appartement et que le pot de yaourt ne fait pas de compost. Il y a un an, je vantais le pouvoir de la verbalisation, ça marche aussi pour les colères, les frustrations. Et je sais que c’est parfois pénible d’écouter des lamentations mais tout le monde a le droit d’exprimer un mécontentement. 

Clamons notre rage !

Alors voilà, je le clame haut et fort : j’ai la haine de pas pouvoir descendre à Toulouse cet automne comme je l’avais rêvé. Je suis dégoûtée, dégoûtée, dégoûtée. Et maintenant que je l’ai dit, je vais trouver des idées pour parvenir à mes fins.

Mon plan d'évasion pour Toulouse
(c) Glenn Carstens-Peters

Je vous encourage à exprimer également vos griefs mais aussi à respecter ceux de vos petits camarades. Si un “y a pire ailleurs” monte, vous le ravalez telle une petite pointe de vomi qui vient faire un coucou, parfois. C’est acide mais c’est normal car ce n’est pas bienveillant. Bisous

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