Le développement personnel, c’est la culpabilisation

Le développement personnel, c’est la culpabilisation

Bonjour bonjour ! Y a un an, je me disais “hé, je vais finir par avoir un licenciement économique et après, je vais devenir coach de vie, trop bien”. Un an plus tard, j’ai changé de taf sans être passée par la case licenciement économique… et je déteste le développement personnel. Enfin, je déteste le business autour et la morgue de tous les gourous et associés qui t’expliquent que ta vie sera meilleure si tu fais tout ce qu’ils te disent. Le bonheur est là, attrape-le. Si tu échoues, c’est juste que tu n’es pas à la hauteur. Oui, le moteur du développement personnel, c’est la culpabilisation.

La culpabilisation du développement personnel
(c) Ava Sol

Et si je devenais coach en déculpabilisation ?

En vérité, j’ai toujours envie de devenir coach mais vraiment, je veux être un coach de déculpabilisation. Déjà que je veux dézinguer toutes les injonctions… C’est pour ça que je suis attirée par l’alimentation intuitive tant sur le plan alimentaire que sur le plan de la philosophie de vie. Parce que clairement, la leçon majeure, c’est “tu es la seule personne à savoir ce qui te fait du bien, écoute-toi”. L’exact inverse du développement personnel. Genre le miracle morning qui te donne limite un planning parfaitement timé. 15 mn de sport, 10 mn de méditation, etc. Quand j’étais dans un groupe de MMers, chacun donnait sa recette de SAVERS tout fier. Et moi, dans mon coin, j’étais là “non mais moi, je profite de cette heure rien à qu’à moi pour faire des trucs qui me font plaisir, de quoi vous causez ?”.

Suis ma méthode et tais-toi

Mais les coachs de vie et gourous à la méthode magique n’ont pas notion de l’individualité ou de la personnalisation. Déjà parce qu’ils ont des bouquins à vendre donc tu vas suivre leur méthode, ils savent mieux que toi. Le jour de notre départ en Crète, j’ai acheté “l’art de s’en foutre” de Mark Ronson. Je ne l’ai pas encore lu mais je l’ai prêté à mon adoré qui n’est pas très affinitaire avec la logique du développement personnel. “Pas très” comme “pas du tout”, en fait. Au bout de vingt pages, il a craqué “non mais c’est quoi ce connard qui t’explique la vie genre il sait mieux que nous, là. Le fond est intéressant mais la forme…” Comme le Miracle morning, quelle promesse d’une vie meilleure et plus remplie. Moi, j’ai lu le livre en croyant avoir enfin la formule magique pour équilibrer la vie. J’étais hyper enthousiaste et ça a marché les premiers temps, effet lune de miel oblige. Sauf que des fois, je suis crevée et que le sommeil, c’est important. Sauf qu’à ce moment de l’histoire, cet échec m’a entraînée dans un grand sentiment de culpabilisation. Si j’ai pas réussi, c’est sans doute parce que je suis une petite crotte sèche de lapin.

Le développement personnel est péremptoire

Récemment, Julia de Funès a sorti un bouquin sur le business du développement personnel qui dénonce justement cette culpabilisation à outrance. Bouquin que je n’ai pas (encore) lu mais Caro de la Carologie l’a fait et sa vidéo compte-rendu est super intéressante. Ce qui est terrible avec le développement personnel, c’est qu’il est péremptoire. Faut qu’on, y a plus qu’à. Il faut, il faut, il faut dont j’ai toujours du mal à me dépêtrer. Surtout que le développement personnel nourrit un système bien crade. On nous crée de nouveaux besoins ou désirs en permanence. On est amenés à rêver de vies riches où nous aurions tout. De l’argent et de la réussite mais aussi de l’épanouissement et du temps pour tout faire. Moi, j’en rêve, hein, de pouvoir gagner ma vie comme il faut, voyager, écrire, dormir, faire du sport et des loisirs créatifs. En résumé. Mais je n’y arrive pas. J’ai cru que c’était une question de temps mais le bide total des sept semaines de liberté en terme de productivité tend à me prouver que le temps n’est pas le seul truc qui me manque. On en reparlera, d’ailleurs. Le développement personnel se nourrit de notre insatisfaction qu’il provoque lui-même en soulignant à quel point nos vies sont médiocres…

La déprime de la culpabilisation
(c) Paola Chaaya

Si tu échoues, c’est ta faute

Si on veut être plus mince, il n’en tient qu’à nous ! Tiens, voilà ma méthode magique. Bon, je te dis pas que si, moi, je suis aussi svelte, c’est parce que je mange pas pendant 24h avant de faire une vidéo ou je me flingue les reins à force de me bourrer de prods en tout genre. Je dis pas que tous les coachs sportifs le font. Déjà parce que je les connais pas tous donc bon… mais les apôtres du culte du corps à outrance ne sont pas toujours les personnes les plus saines et les plus safe. Car le pire du développement personnel, c’est qu’il n’y a que deux scénarii. Tu réussis parce que tu es lae plus fort·e, tu échoues parce que tu es faible. L’échec est 100% le tien. Alors que comme l’expliquait Cindy Gagnol, diététicienne, elle ne suivait pas ses propres conseils mais on nous fait croire que la méthode du bonheur est simple. Une addition d’éléments. Si tu n’y parviens pas, c’est peut-être que t’as pas envie d’être heureux ou heureuse…

Rien n’est dramatique

Bref, il peut être intéressant de se pencher sur différentes méthodes de développement personnel si vous avez envie de changer des trucs dans votre vie. C’est déjà pas une obligation ce dernier point. Mais ne croyez jamais que la méthode expérimentée par Machin ou Bidule qui a marché pour iel  est forcément ce qui vous convient. Si vous échouez, ce n’est pas que vous êtes nul, juste que ce n’était pas votre truc. Et c’est difficile de ne pas tomber dans la culpabilisation à outrance vu qu’on vous dit que le bonheur est simple. Moi même, je passe tant de temps à me flageller… mais à un moment, la seule qui sait ce qui me fait du bien, c’est moi. Et si la seule chose qui me convient, c’est de glander… et bah j’ai qu’à faire ça, où est le drame ?

2 Replies to “Le développement personnel, c’est la culpabilisation”

  1. Salut. Une question surtout : pourquoi s’ennuyer avec des penseurs du dimanche quand la philosophie a déjà donné des siècles de philosophes de génie qui se sont laaaaargement intéressés à toutes ces questions ? Pourquoi accorder plusieurs heures de son temps à lire les idées superficielles de Machin l’Américain sur la raison profonde de la vie alors que je sais qu’il/elle n’a d’autre expertise sur le sujet que son burn out il y a 5 ans ? Quand on sait comment pensent certaines société (américaine par exemple), on devrait savoir qu’on va droit dans le mur, non ? La seule raison que je vois à tout ça, c’est que c’est plus distrayant d’aller lire une niaiserie plutôt que de se plonger dans Cioran. Il ne faudrait donc pas culpabiliser de ne pas arriver à suivre les conseils de ces coachs, mais plutôt culpabiliser (gentiment) d’avoir lu leur bouquin. Un peu comme après avoir lu un horoscope. Mais on s’en remet vite. Surtout si on n’y cherche pas ce que l’on ne peut pas y trouver.

    1. Je crois que l’explication est assez simple, peut-être simpliste. On vit dans la pression de l’injonction au bonheur. Tout en nous expliquant que le bonheur ne peut s’atteindre que dans de grandes choses. La moindre contrariété doit être traitée à coup de méditation et de changements de vie. L’urgence est créée par les milles citations pseudo inspirantes, les « et vous qu’attendez vous ». Donc on ressent un besoin de changement pressant et on a donc besoin d’une méthode immédiatement applicable car on n’a pas le temps de chercher sa solution. Ou de réaliser qu’on n’a pas besoin d’avoir de grandes aspirations. C’est, pour moi, les mêmes mécanismes que les produits de régime glissés entre deux pages modes de magazines qui nous exhibent des corps dépourvus de la moindre graisse. On veut la solution tout de suite car on nous a promis que ce serait facile. Une simple formule magique.

      J’aime bien ton parallèle avec l’horoscope, faudrait que je le creuse un peu. 🙂

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