L’ennui du moment présent

L’ennui du moment présent

Nous sommes le 23 novembre et à l’heure où vous lisez cet article, peut-être que je m’ennuie un peu. Pas un ennui à base de “je sais pas quoi faire”. Tout le monde sait que mon problème dans la vie est précisément inverse. Je veux tout le temps faire des tas de trucs. Trop. Lire et écrire, regarder des séries et des documentaires, jouer à Candy Crush, faire des photos Playmo, des perles hama, des legos, du paper art… Tout ci, tout ça. Mais j’ai un souci : je n’aime pas beaucoup le moment présent. Et à une époque où toute anticipation est impossible, c’est pas génial.

Le moment présent
Hé mais je voudrais bien un truc comme ça pour épingler mes to do du jour…
(c) Monica Sauro

L’impossibilité de s’échapper

Je ne vis pas très bien ce deuxième “confinement”. Bon d’abord parce que mon employeur m’impose de venir deux jours par semaine, donc. Mais aussi parce que je ne peux prévoir aucune parenthèse évasion. Rien. Même l’escapade traditionnelle de Noël dans mon sud-ouest natal, je suis pas sûre de pouvoir. Ca me rend folle. La situation actuelle me force à ne rien imaginer. Impossible de préparer des vacances au Japon ou en France, imaginer un tour de la Bretagne ou un tour du Chili, calculer combien ça coûterait un combiné Californie-Hawaï-Tahiti. Comprenez bien. J’adore imaginer des voyages, jongler sur les différents itinéraires mais ça veut pas forcément dire que je vais le faire. Et pas juste parce que le confinement m’empêche de me prélasser sur une plage au sable étoilé. Mais là, je peux même pas faire semblant. 

Une pile d’incertitude

Vous savez de quoi j’ai envie ? D’un spa à la montagne pour les 40 ans de mon adoré. C’est en février et c’est impossible à prévoir. Cette année, j’avais des billets pour New York et le Japon, ça n’a pas eu lieu. J’ai atteint le stade “répétition générale” de notre comédie musicale, on n’a pas pu la jouer. A trois jours près, ça passait. J’ai une nouvelle nièce d’un mois et je n’ai pas encore pu la voir en vrai. Pourtant, j’avais mes billets de train. Qu’est-ce qui me reste à part mes incertitudes ? Et l’impossibilité de m’évader du moment présent ?

Ici et maintenant. Mais pffff…

Ca va pas plaire aux sophrologues, ça, mon peu d’estime pour le moment présent. Je ne déteste pas le présent en soi. Quand je vis un bon moment, je le vis à fond, je l’exprime d’ailleurs. Je répète en boucle “ah, je suis contente !”, je m’en extasie à l’excès. Parfois, je saisis le bonheur. Vous savez, ces moments où, tout à coup, tout es absolument parfait et vous n’arrivez même pas à concevoir à quel point votre vie est géniale à ce moment précis de l’histoire. Sauf qu’en général, ma définition du bonheur inclut de la lumière, une température douce, une petite brise, le calme. Surtout la petite brise, ça me rend euphorique, ce truc. Voir de belles choses, éventuellement boire une douce boisson, rire. Etre détendue. Là, dans mon nouveau taf, je travaille dans un open space sans fenêtres et de toute façon, celles qui tapissent les bureaux ne s’ouvrent pas. Et on a froid. Bref, zéro ingrédient de ma liste d’indispensables. 

Open space sombre et triste
(c) Rodion Kutsaev

Le présent, c’est souvent chiant

Alors voilà, je me lève et deux fois par semaine, je vais dans l’endroit le moins bonheur friendly du monde. Les semaines s’enchaînent sans relief. J’appelle mes parents, j’ai rien à leur raconter. C’est toujours le souci que j’ai avec les journaux intimes. En vrai, le quotidien, le présent, c’est souvent le moment le plus chiant. Vraiment. Je veux dire le passé est patiné. Même les périodes les plus cauchemardesques de mon passé, je m’en fiche un peu car je sais que je m’en suis sortie. Mes vieilles cicatrices amoureuses sont parfaitement refermées, à peine perceptibles. J’ai quelques traumas niveau boulot, oui.  Avec ma tendance à toujours tomber dans des boîtes toxiques. Mais ces expériences sont finies. Dans le futur, j’ai espoir de tomber sur une boîte plus bienveillante. Voilà : le passé, c’est là où ça s’est quand même bien fini, le futur, c’est là où ça se passera bien.

A force de vivre dans le futur, on finit frustré

Et au milieu, y a R. Je sais qu’il faut vivre au moment présent, ici et maintenant. C’est vrai que si  j’arrêtais de croire que le meilleur est forcément plus tard et jamais maintenant, je serais moins frustrée. Mais je fais des efforts, faut pas croire. Déjà je marche. Oui, la marche, toujours la marche. Quand je dois aller bosser, je hacke un peu le truc en marchant. Au lieu de faire un métro-boulot, je tourne, je vire. Je vais faire une photo ou deux. La semaine prochaine, je ramène ma playmo d’ailleurs pour un petit shooting au débotté. Ouais, je bosse dans un quartier assez photogénique. J’essaie d’enchanter mon quotidien, je lâche pas l’affaire. 

J’essaie de toujours sortir avec une tenue ou deux pour faire des photos et profiter de la moindre flaque

Je veux recommencer à rêver

Mais je suis une rêveuse, moi. J’ai envie de traîner sur Voyage Privé imaginer mes prochaines vacances. Chercher de pures thalasso à la montagne. Alors oui, je vais (enfin) créer mon blog voyage sous mon vrai nom pour le mettre sur mon CV, j’ai mon angle d’attaque, j’ai tout. Mais vraiment, une vie où mon seul projet demain, c’est de croiser les doigts pour pouvoir recommencer à planifier des trucs, j’en peux plus.

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