Quand tu écris un roman qui existe déjà…

Quand tu écris un roman qui existe déjà…

… mais que tu ne le savais pas. Il y a un mois, environ, j’ai eu comme un malaise. Pas physique, non, mais une gêne. Alors que j’étais tranquillement posée dans le train pour lire Un bonheur insoutenable d’Ira Levin, j’ai eu comme une sensation de déjà-vu (lisez ce mot avec l’accent américain, c’est plus rigolo). Un peuple fliqué pour son plus grand bonheur, des bracelets qui contrôlent les allers et venues, un destin modelé par un ordinateur géant… ah merde, je connais ça… parce que je suis en train d’écrire un roman qui existe déjà.

Ecrire un roman qui existe déjà
(c) JR Korpa

Poursuivre ou tout jeter ?

Parmi mes cinq romans en chantier (oui c’est curieux tous ces romans en chantier), il y a donc Augura. Le plus avancé de tous, celui que j’écris à la main avant de le recopier en format numérique. Assurant de facto une première relecture mais écrire  à la main, c’est quand même assez pénible, surtout que j’écris très mal. Mais passons. Augura est né d’un atelier d’écriture avec Bernard Werber où l’un des exercices de méditation/visualisation m’avait amené à avoir l’idée d’un roman autour du bonheur et des algorithmes. Génial ! Ca fait donc un an et demi que je gribouille cette histoire (oui, c’est long mais cinq romans en chantier, deux chefs toxiques et deux heures de transport par jour, bon…), j’en suis actuellement à l’acte final. Je ne suis pas sûre que ce soit mon meilleur manuscrit mais je l’aime bien quand même…

… sauf que mon histoire, elle existait déjà. Alors pas tout à fait pareil. Il n’y a aucune globalité dans mon histoire, Augura est une île artificielle et le concept de cette société est de libérer l’Humain de la notion de choix. Le personnage principal est ici une femme qui lutte pour protéger ses enfants… Oui, dans mes romans, y a des enfants et des personnages avec un instinct maternel quasi animal, à l’exact opposé de moi, donc. Mais y a des bracelets qui te donnent des accès ou non, de la bouffe protéinée, version poudrée des gatotaux de Levin, une figure emblématique incarnant l’Etat… mais ok, ça, c’est un classique de la dystopie, c’est Big Brother ou à peu près.

Ce roman qui existe déjà parce que…

Au fur et à mesure que je lisais, je pâlissais. Etais-je condamnée à balancer les 130 pages format word de ma petite histoire ? Je vous ai promis un article sur inspiration ou plagiat qui arrive mais là, c’est pas cette question là puisque j’ai écrit un roman similaire à une oeuvre… que je ne connaissais pas. Alors évidemment, sur l’explication, on va faire vite. Je ne suis pas la réincarnation ou whatever de Ira (oui, je l’appelle Ira) vu qu’il est mort en 2007 et que je suis née 27 ans avant ça. Rien de spiritualo-ésotérique, nous avons juste la même interrogation de base : à quel prix le bonheur ? Et notre démonstration est assez proche. Je veux dire prenez un sujet de philo du bac, lisez les copies. A quelques exceptions près, vous allez avoir peu ou prou les mêmes arguments, les mêmes références. Après, je suis moins radicale qu’Ira sur la fin, par exemple, et le sujet n’est pas tant le réveil que la lutte. 

Et je n’en ai pas fini avec les utopies ou fausses utopies, dans mon cas. J’ai toujours en tête cette envie d’écrire un monde parfait, sorte de roman futuriste optimiste et qui se voudra humoristique ou à peu près. Il n’existe que dans ma tête donc difficile d’en mesurer le potentiel humour, voyez. Je vais terminer Augura et tant pis si ça ressemble beaucoup à un Bonheur insoutenable, je n’en changerai pas une ligne (enfin, sauf pour des questions de style ou d’éventuelle lourdeur ou redite). De toute façon, vu que j’écris d’abord pour moi… tant que l’histoire me plaît, on s’en fout qu’elle ait déjà été écrite, non ?

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