Osmosis, dans un futur pas si lointain… enfin, je crois

Osmosis, dans un futur pas si lointain… enfin, je crois

J’ai une passion dans la vie (enfin, une, vous mêmes vous savez), c’est d’écrire des dystopies. Technopolis (la V1 toujours là mais il n’est pas impossible que je republie ailleurs en re recorrigé donc ça va devenir collector là, huhu), Augura, mon roman abandonné Ofelia et son Neo Rome fortement inspiré de Starmania… Pour cultiver mon petit talent en la matière, je lis, je regarde beaucoup de dystopies, en témoignent mes nombreux articles sur le sujet. Parce que chaque dystopie écrite doit être une leçon pour moi : les bonnes idées à récupérer (pas nécessairement piquer une idée, je parle de s’en inspirer… tiens, c’est un bon sujet d’article, ça) mais aussi les écueils à éviter. Et en parlant d’écueil, parlons Osmosis.

Osmosis, la dystopie

Dans un futur qu’on ne sait pas dater

Alors j’ai déjà parlé d’Osmosis sur Citizen Bartoldi qui détaillait un peu mon avis donc ici, on ne parlera ni d’intrigue foutraque ni d’acteurs douteux. Parce que pour moi, le réel problème d’Osmosis… c’est que je ne comprends pas quand c’est censé se passer. Reprenons. On nous présente une société futuriste avec des applis de sexe virtuel tellement convaincante que deux des personnages principaux sont accros. Puis y a notre fameuse App Osmosis qui marche à base d’hormones ou je ne sais quoi pour que l’image de votre âme-soeur vous apparaisse soudain en esprit. Ok soit. La fin du premier épisode nous fait voir Paul sur une dizaine d’écrans géants dans la rue. Ah bé ça, c’est une société futuriste ou je ne m’y connais pas.

Sexe virtuel et vieilles bagnoles

Sauf que non. J’ai un réel souci : en dehors des sites de rencontre, rien n’a évolué. Rien. Dans les plans de ville, on voit des voitures de notre bon vieux début du XXIe siècle, les vêtements sont à notre mode… En fait, Osmosis pourrait tout à fait être demain. Mais ce n’est pas ce qu’on nous raconte. On nous explique bien que c’est pas dans un futur très lointain, nous avons beaucoup de nouvelles technologies… en terme de cul et d’amour. Point. Et c’est pas genre une soudaine révolution, plaçant l’intrigue dans cinq ou dix ans. Deux personnages ont développé une solide addiction au sexe virtuel. A un moment, Esther, l’héroïne, cherche une cage de faraday, sorte de boîte à partouze du futur où chacun se connecte peinard à son site porno préféré. Moi non plus, j’ai pas compris l’intérêt. Quand elle souhaite s’y rendre, elle demande à son assistant virtuel Martin si ça existe encore. Donc on est suffisamment dans le futur pour qu’on ait commencé à sortir ces applis de cul (aucune idée de comment elles marchent au passage, on se colle un oculus rift stylisé sur la tronche et ça stimule notre corps. Vraiment ?), qu’on ait lancé la mode des cages de faraday et que cette mode ait tellement passé qu’elles ont fermé. Alors que bon, quand je vois la durée de vie des boutiques Clopinette et compagnie… Et on a aussi un mouvement activiste qui lutte contre cette dictature amoureuse du virtuel. Mouvement qui existe depuis suffisamment longtemps pour être connu de tous. Du coup, ça veut dire quoi ? En 10-15 ans, rien n’a évolué… sauf les applis de rencontre ?

Rien n’a évolué, sauf le porno

Et ça, je ne peux pas l’admettre. Alors je ne suis pas sans savoir que le porno est partie prenante du développement du web sur pas mal de questions, notamment la sécurisation du paiement en ligne et semble être le meilleur espoir du développement des casques de réalité virtuelle. Mais il est impossible que sur une décennie, il n’y ait que ça qui ait changé, impossible. Non parce que si on prend les autres éléments “futuristes” de la série : le mur d’écrans devant Osmosis, j’ai vu la même sur un resto face à la BNF pas plus tard que la semaine dernière (et c’est pipi de chat par rapport à Tokyo). Martin, l’assistant virtuel d’Esther : c’est la seule à l’avoir, c’est elle qui l’a développé. D’ailleurs, tout ce qui est technologiquement avancé dans la série n’est dû qu’à Esther et n’est qu’une exception, pas un fait.

Osmosis, Esther & Martin

C’est là l’échec le plus flagrant d’Osmosis. Pour que je puisse entrer dans un univers, il faut qu’il soit crédible. Je vous renvoie à toute l’explication de la suspension consentie de l’incrédulité de Karim Debbache.  Ca sert à rien que je retape ce qu’il dit et en plus, ça permettra peut-être aux trois du fond qui ne connaîtraient pas ce monsieur de le découvrir et de passer un excellent moment à regarder l’ensemble de son travail (n’oubliez pas Chroma). L’histoire aurait pu marcher si elle se basait uniquement sur Osmosis. La genèse qui nous est présentée est crédible. Là où ça ne marche plus, ce sont dans les surcouches qui indiquent un temps relativement long entre notre année 2019 et le déroulement de l’intrigue. Le tout sans que rien n’ait évolué pour autant. Même pas les smartphones. Et c’est difficile à admettre. Alors je ne sais pas distinguer les causes et conséquences. Est-ce parce que l’univers est mal bâti que j’ai du mal à entrer dans l’histoire ? Ou est-ce parce que l’histoire est trop branlante que je m’attache à des détails pour sortir du récit ?

Genèse d’une dystopie

Bref, construire un univers dystopique cohérent n’est pas évident en soi. Il faut arriver à expliquer rapidement comment on en arrive là sans se noyer dans les détails. Quand j’ai repris l’écriture de Technopolis, j’avais commencé à écrire un prologue dix fois trop long à base de “la guerre arrive, ohlala”. Et j’ai fini par le jeter à la poubelle. On a quelques explications au fil du récit, un peu comme Damasio dans La zone du dehors qui nous présente d’abord son univers avant de nous expliquer comment on en est arrivés là. Idem dans Barjavel qui nous raconte un futur qui n’arrive que par une évolution technologique logique, dirons nous avant qu’un événement majeur dont on ne saura jamais l’origine bouscule l’ordre établi (Ravage). Il n’est pas besoin de  planter longuement le décor mais il est essentiel de soigner le détail pour un univers immersif. Tout en n’omettant pas les clés de compréhension pour le lecteur qui se retrouve plongé dans un univers fictif. Et l’échec manifeste d’Osmosis doit m’interroger sur mes propres écrits. Est-ce que mes univers sont crédibles ? Ecrire une dystopie est follement tentant quand on a un souci avec notre société actuelle. Mais encore faut-il arriver à trouver le bon équilibre.

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