Oui, je suis une personne du soir
Bonjour, je m’appelle Nina et depuis 40 ans, je n’arrive pas à me coucher le soir. Parce que je suis une personne du soir. Voilà, c’est confessé. Durant mes années de célibat, j’étais incapable d’aller au lit avant 1h du matin, voire même bien plus tard. Et je me jugeais bien mal pour cela. Analyse d’une tendance.

Je suis pas au top de mon énergie
Une journée classique dans ma vie. Lever brumeux. Si j’ai eu le malheur de me rendormir entre le réveil et le lever, je suis dans le mal. Oui, je snooze depuis bien 34 ans. Je sais que c’est mal mais j’aime pas me lever. C’est tout le paradoxe de ma vie : le soir, je veux pas aller au lit. Le matin, je ne veux pas le quitter. Pire que les gosses.
Le grand calage de l’après-midi
Bref, réveil brumeux puis matin correct, je carbure bien. Puis vient l’après-midi, l’enfer. De 14 à 16 ou 17h, je galère. Je ne suis pas bien concentrée, je switche d’une tâche à une autre sans rien faire de réellement concret et efficace. Puis à 16 ou 17h, la machine remarche jusqu’à 19h ou 20h. Ça galère à nouveau jusqu’à 21-22h et là, je peux partir jusqu’au bout de la nuit.
Le créneau où je suis incapable de faire quoi que ce soit
Des années que je lutte contre ce rythme bâtard qui colle mal avec la vie de travailleuse. Enfin, de salariée. Ce rythme, je l’ai découvert en 2003, quand je rédigeais mon mémoire de maîtrise. A l’époque, je n’avais aucun cours, ma journée était dédiée à cet exercice. Invariablement : bon débit le matin, impossible de m’y mettre l’après-midi et à partir de 17h, tap-tap-tap. Idem l’année suivante avec mon mémoire de sciences politiques, j’écrivais le matin, j’écrivais la nuit et l’après-midi, je fixais mon écran en me répétant en boucle “allez go”. Mais je trouvais toujours autre chose à faire genre vérifier mes mails pour la troisième fois en dix minutes. Il n’y avait pas de réseaux sociaux à l’époque et je crois que je suis tombée dans les forums l’année suivante. Les forums me manquent.
Mon rythme de vie n’est pas en phase avec les horaires de bureau
En tant que salariée, quand je le suis, j’ai donc un léger souci de timing. Une inactivité ou une activité ralentie de 14 à 17h, c’est environ un tiers de la journée de perdue. Et vraiment, je n’y arrive pas. Je cale donc les tâches les plus bêtes et méchantes sur ce créneau mais j’ai pas toujours 3h de tâches bêtes et méchantes au quotidien. Et puis il y a la question du débauchage. En général, entre 18h et 20h, je suis au top. Sauf que si j’ai 1h de transports derrière, je vais pas quitter mon poste à 20h. Et puis les cours de sport sont toujours sur ce créneau-là, aussi.
Pour mieux dormir, lève toi plus tôt
Alors pendant des années, j’ai bataillé pour changer de rythme. L’équation était simple. Si je cale de 14 à 17h, c’est parce que je ne dors pas assez. Et je ne dors pas assez car je me couche trop tard. 1+1=2, CQFD, simple, basique. Alors j’ai cherché à décaler mon rythme. J’ai voulu adopter le Miracle morning. Miracle Morning qui avait deux avantages : non seulement ça changeait mon rythme de vie mais en plus, ça me permettait de faire des trucs avant d’aller travailler et je me sentais moins frustrée de faire mon job au lieu de faire des trucs qui me plaisent. J’avais moins la tentation de mettre mon PowerPoint de côté pour aller écrire un roman.
Plus de temps ou plus de fatigue
Sauf que ça ne fonctionne pas. Pas sur la durée. Le fameux “chassez le naturel, il revient au galop”. Essentiellement parce que si j’arrivais à me lever à 6h, le coucher restait compliqué. Surtout que j’ai fait le Miracle Morning à une époque où j’avais 1h de transports. Donc j’arrivais chez moi vers 20h. Il me restait trois heures avant l’extinction des feux. Incluant donc le repas et la toilette. Finalement, en gagnant une heure le matin, je n’étais pas certaine d’avoir plus de temps pour moi. Surtout que la fatigue commençait à sérieusement s’inviter dans ma vie. Changement de rythme de vie : fail.
La qualité qui me manque
Pourtant, j’aimais l’idée de devenir lève-tôt, j’y voyais la solution à tous mes problèmes ou à peu près. Déjà, j’aimais l’idée d’arriver fraîche et bien réveillée au travail. Et puis, la vision était simple : le matin, je suis assez énergique alors que le soir, des fois… Faire mon sport le matin et écrire un peu, c’était la garantie de cocher des trucs de ma to do de meuf parfaite, m’offrant la possibilité de glander le soir si le coeur, ou plutôt le manque d’énergie m’en disait. Et puis il y a l’image que l’on attribue aux lève-tôt. Des gens dynamiques ! Et vu que moi, je déteste la mollesse… Enfin, ma mollesse, pour être précise.
L’autre rythme était-il si parfait ?
Sauf que ça ne tient jamais dans la durée. Parce que je suis une feignasse ? Non, juste parce que ce n’est pas mon rythme. Je parle épisodiquement de changement. Pendant des années, j’ai parlé de vie rêvée “à portée de main”. Il suffisait de. Il suffisait de se lever à 6h pour tout changer. Sauf que ce n’est pas mon rythme. Surtout que ça ressemblait à “se lever, sauter dans des fringues de sport, faire des gesticulations pendant une quarantaine de minutes en faisant attention à ce que le chat qui crie ne crie pas car mon mec n’avait pas adopté le même rythme. Et à ce que le chat collant ne vienne pas squatter le tapis de yoga.” Mais finalement, est-ce mieux de faire du sport à 6h du mat’ ou à 18h, en fin de journée travaillée (quand je suis en télétravail) ? Voire après le dîner ? On m’a toujours dit qu’il ne fallait pas faire de sport le soir mais j’ai des souvenirs de période où le soir, je passais un temps infini sur mon stepper ou mon rameur et c’était ok.
Quoi que je fasse, j’ai pas sommeil le soir
Alors voilà, je suis du soir et il n’y a pas de mal à ça. C’est mon rythme et aucun magasine m’expliquant que la vie appartient à ceux qui se lèvent tôt ne pourra changer ça. Surtout que pardon mais dans nos sociétés modernes où le divertissement est au bout de la télécommande, existe-t-il encore beaucoup d’adultes qui se couchent avant 23h ? Moi, je n’y arrive pas. Même quand je fais 1h30 d’aquasport. Aquasport que j’avais commencé précisément pour mieux dormir. Et c’est fou parce que si je fais 1h30 d’aquasport le matin avec Ludo, le prof le plus intense, je suis morte l’après-midi. Mais ces mêmes 1h30 le soir, je suis encore pump it up à minuit. En fait, je ne suis pas du soir ou du matin. Je suis du soir et du matin mais pas du tout de l’après-midi.

Dormir en deux fois
Parfois, je me dis que je devrais me mettre à mon compte et dormir en deux temps. De 1h à 6h puis de 14 à 16h. Là, je pense que je serais au top. Sauf que bon, je ne vis pas seule et mon adoré ne kifferait pas ce rythme, je pense. Et, non, je ne suis pas prête à faire chambre à part. Tout ça pour dire que je suis du soir et… qui a décrété que c’était moins bien que d’être du matin ? Les vendeurs de solutions miracles. Et bien votre solution miracle, je m’en fiche, je vais rester sur mon rythme. En vérité, ce sera beaucoup moins fatigant que de me battre contre qui je suis, tout simplement.


