Parfois, c’est le grand bug
Vacances ! Après deux mois de formation INTENSE, je goûte enfin à un repos mérité. Mérité, oui, car j’ai pas chômé depuis la rentrée mais je suis très heureuse de vous annoncer que je m’en sors bien. Très bien, même. Mais mes neurones ont bien chauffé. Notamment sur la partie Machine learning que j’ai vraiment mis du temps à saisir. Mais hé, regardez, je sais programmer un système de recommandation, maintenant. Mais surtout, pendant ce temps, j’ai pas mal croisé ce phénomène de grand bug. Vous savez, ce moment où on vous explique quelque chose et vous avez l’impression que vous ne comprenez rien ? Le grand bug.
Faire son service au supermarché
Samedi 20 décembre. Jour 1 des vacances mais j’ai un engagement. Depuis octobre, Victor et moi avons rejoint un supermarché coopératif. Le concept est simple : on a pris une part chacun et nous devons faire un service par mois. Soit trois heures durant lesquels on exécute des tâches diverses. Remplir les rayons, recevoir les livraisons, rafraîchir les légumes, nettoyer ce qui doit l’être, faire l’inventaire, remplir le vrac, vérifier les dates de péremption, tenir la caisse. Je profite de cette tribune pour vous en parler parce que ça a changé ma vie. Avant, je détestais faire les courses à cause de l’agressivité qui flottait dans l’air. Les gens pressés, le débit rapide à la caisse où tu te retrouves à ranger tes courses alors que la personne en caisse commence à passer les produits du client ou de la cliente derrière toi. Là, le caissier ou la caissière, c’est quelqu’un comme nous qui n’y connaît pas grand chose. Alors on accepte de patienter, on tolère les errances, voire on aide.
Non, ça n’imprime pas
Samedi, c’était donc mon premier service et on m’explique les choses. Là, c’est le tableau des tâches. Les stocks sont au-dessus des rayons ou dans la salle, il faut remplir les rayons par le fond pour ne pas enterrer les produits les plus vieux. Oui, à la coop’, les pertes, elles nous impactent directement donc on fait attention. L’une des trois salariées détaille les tâches, j’écoute avec attention mais… j’imprime pas trop. Le grand bug. Et je me suis dit que ça ferait un bon sujet d’article. Et sinon, je vous rassure, en 3h, j’ai fait 10 minutes à regarder la caisse, 10 minutes de sorties de cartons et de poubelles et tout le reste fut de recharger le vrac. Je m’en suis bien sortie.
Ca fait des phrases tous les mots que tu dis, là ?
Ce phénomène de grand bug, je l’ai eu quelques fois pendant ma formation. Le formateur explique et moi, j’écoute. J’écoute mais dans ma tête, une petite voix, une voix très factuelle, annonce :”je comprends rien”. Ce serait un peu la voix off de ma vie, tiens. Celle qui se contente d’énoncer un fait sans jugement. Je ne dis pas “je comprends rien et je suis nulle”. C’est vraiment un “je comprends rien”. Pas non plus un “je comprends rien parce que le concept est trop abstrait pour moi” mais un réel “est-ce que les mots qui sont prononcés actuellement ont du sens ? Suis-je censée entendre une phrase ?” Vraiment, je vous jure, j’ai ces moments “je comprends que tu parles ma langue, je comprends chaque mot mais ça s’assemble pas”.
Des fois, j’ai besoin de concret
Alors il y a la fatigue, certes. Mais, dans mon cas, il y a autre chose. Un refus de concept sur quelque chose de concret. Je m’explique. De façon étonnante pour une personne aussi rêveuse et imaginative que moi, je suis hyper pragmatique sur certains sujets. J’ai besoin de concret. En apprentissage, tu as grosso merdo deux types de connaissances : les connaissances abstraites concernant le monde des idées et les connaissances concrètes qui vont être quelque chose à appliquer. Et moi, quand il s’agit d’apprendre un savoir-faire, j’ai besoin de pratiquer immédiatement. Quand le prof nous explique pendant une heure c’est quoi le X train, le y train et pourquoi il faut scorer notre X train et notre X test, je ne percute pas. Et je ne m’en inquiète pas en soi. Je sais que tant que j’ai pas pratiqué, ça ne rentrera pas. Engranger des informations sur la gestion des stocks alors que j’ai même pas vu le dit stock, trop abstrait.
Le cerveau n’est pas figé
C’est comme si mon cerveau se mettait en grève, en un sens. Ou me lâchait un immense “non, flemme, on verra quand il faudra faire”. Sauf qu’en terme de plastie du cerveau, je ne crois guère en l’inné. La connaissance mais aussi l’apprentissage, c’est purement de l’acquis. Depuis que j’ai repris l’apprentissage à un niveau intensif, j’ai la sensation, sans doute exagérée, que je câble un peu différemment. Mais ça m’encourage énormément à multiplier les savoirs. Pendant des années, j’hésitais à me lancer dans des apprentissages car “à quoi bon ?”. Je voulais apprendre le russe, par exemple. Mais à quoi bon ? Apprendre un instrument de musique ? A quoi bon ? La réponse, aujourd’hui, est simple : la plastie du cerveau. Et la culture, aussi. Apprendre, c’est toujours l’occasion d’agrandir sa culture G. Si je me lance demain, après ma formation, quoi, dans l’apprentissage du chant lyrique ou du piano, je vais comprendre les mécanismes derrière. Parce que je les aurai éprouvés, déjà. Et oui, j’ai une grosse envie d’apprendre le piano et le chant lyrique.
Serais-je bloquée par mes croyances limitantes ?
Du coup, je me demande : est-ce que le grand bug, ce n’est pas juste moi qui ai décrété qu’en ce qui concerne les choses concrètes, j’enregistrai pas tant que je n’avais pas testé. Typiquement, ne m’expliquez pas les règles d’un jeu, ça va être le grand bug. En général, je balaie ça d’un “ok, faisons une première partie pour du beurre”. Sachant qu’en plus, je n’ai pas trop la culture jeux de société, les trucs complexes avec des cartes, des dés, de l’argent, des exceptions… Ca me perd complètement. Faut dire que je me concentre fort pour tout retenir. Comme si rater une règle, c’était l’infâmie.
J’ai peut-être mal écouté…
Je pense qu’il y a un mécanisme de défense quelque part par là. Point 1 : la peur de la question bête ou plutôt la question “mais je viens de le dire” parce que j’e suis un peu flottante. Parfois, on explique un truc, je ne comprends rien mais je me dis “non mais c’est moi, j’ai pas bien écouté”. Ce qui arrive, hein, je suis une rêveuse donc je peux décrocher très vite. Sauf que d’autres n’ont pas ma personnalité. Ils ne partent pas du principe que s’ils ne comprennent pas, c’est de leur faute. Ou ils considèrent que même si c’est le cas, ils ont le droit de comprendre et donc de poser les questions. A noter qu’ils sont dans le vrai et que c’est moi qui suis un peu concon dans cette histoire. Surtout que y a comme un cercle vicieux dans cette histoire. “Ah zut, je comprends pas. C’est parce que j’ai pas écouté ou… Ah zut, j’ai pas écouté car j’étais en train de me demander si j’avais pas compris parce que j’avais pas écouté”. Génie, la meuf.
Non mais je comprendrai plus tard
Et il y a une forme de renoncement aussi. Pose pas de questions, tu comprendras quand tu essaieras. Ce qui se révèle souvent vrai, hein. Mais je devrais m’autoriser les questions. Ne pas me reposer sur les capacités de mon futur moi à tester et capter. Surtout sur ces concepts aussi obscurs que le machine learning et ses 3000 façons de faire de la prédiction, chaque méthode ayant des paramètres multivariés pouvant encore faire évoluer le résultat. Gneeeee. Vraiment, sur le machine learning, j’ai expérimenté la semi-épiphanie. Je pinais rien, je faisais les exercices, je voyais la lumière qui s’approchait, la grande révélation et… ah non, pas capté, pardon. Plusieurs fois, ça m’a fait ça. Ah, je comprends parfaitement ce que je fais… Ah non. Bon, je vous rassure, j’ai quand même réussi la partie de l’examen blanc sur le sujet même si j’ai pas eu le temps de terminer (personne, en fait) et j’ai réussi à coder mon petit système de recommandation de film. Un exercice qui me semblait incroyablement complexe, la preuve d’une maîtrise ultime de mon sujet. Et qui se révèle finalement très commun. “Des années que les étudiants le font”. Damn !
Le grand bug, ça arrive !
Bref, pour fêter mes vacances, je voulais vous dire que des fois, je sombre dans le “grand bug”, ce moment où mon cerveau a décidé que là, il n’avait pas envie d’enregistrer et de traiter une information. Si vous connaissez ce phénomène, ne vous inquiétez pas, on est ensemble ! Et je suis persuadée que si j’entraîne mon cerveau à ne pas buguer par principe, le grand bug partira de lui-même. Ou pas. C’est pas grave tant qu’on a l’audace de poser des questions. Ma résolution 2026 ?




