Le jugement est d’abord dans mon oeil
Oh, encore un titre qui ne veut rien dire, une spécialité maison, ça. En ce moment, je vis dans une parenthèse. Grâce à ma formation, je suis tête dans le guidon. Ca me permet notamment de ne pas réfléchir à mon retour à l’emploi. Ce sera un sujet pour janvier et je vous cache pas que ça m’angoisse un peu. Ma formation se passe bien et je m’en sors avec les honneurs. J’arrive à faire des trucs incroyables en Python. Incroyables pour une newbie, certes, mais quand je code une fonction et qu’elle marche, il y a un goût de Noël. J’ai envie de partager ma joie sur Linkedin mais voilà, j’ai peur du jugement. Le jugement de qui ? Le mien, sans doute.

Les vieilles cicatrices
En parallèle de ma formation, je poursuis mon travail chez des professionnels de la santé mentale pour panser mes blessures pro. J’ai beau savoir rationnellement que je ne suis qu’une victime de plus du monde du travail, et sans doute pas la pire, à un moment, ça finit par piquer salement. Ca devient cette cicatrice un peu anodine que vous grattez régulièrement, empêchant le corps de guérir proprement. Dans les romans, souvent, les personnages ont une cicatrice emblématique qu’ils passent leur temps à caresser pour se souvenir. La cicatrice au poignet pour ceux qui ont tenté de se suicider, la cicatrice de guerre. Ou, dans Sharp objects, toutes les mutilations que l’héroïne s’est infligées.
Tous ces gens qui pensent du mal de moi
Mon traumatisme vis-à-vis du monde du travail, c’est cette boursouflure de peau que je n’arrête pas de tripoter. Dans mes périodes de bad, je pense à des gens que j’ai croisés dans ma carrière et qui doivent penser du mal de moi. Comprenez : c’est mon ressenti. En vrai, il y a de fortes chances qu’ils ne pensent rien du tout de moi, voire qu’ils m’ont oubliée. Je repasse en boucle les moments où je ne me suis pas trouvée géniale et j’ose à peine poster un truc sur mon LinkedIn en me disant que les gens qui m’ont vue dans mes moments pas géniaux vont être confortés dans l’idée que je suis nulle.
La plupart des gens n’ont pas d’avis sur toi
Sauf que, déjà, mes moments pas géniaux sont relatifs. Parfois, il n’y a que moi qui me suis trouvée nulle. La plupart des autres n’ayant peut-être même pas eu d’avis. Ensuite… on s’en fout ? En 2025, LinkedIn compte 16,5 millions d’utilisateurs actifs. Alors oui, c’est sûr que dans le lot, y en a qui ne seront pas fans de mon travail ou de mes prises de parole mais… bah, c’est le jeu. Mais la vérité, c’est que sur l’audience d’un post, on va dire que 90% n’ont juste aucun avis sur moi.
Amuse-toi et emmerde les pisse-froid
Et puis il y a cette fille, qui poste souvent. Une fille que je ne connais pas dans la vraie vie. Je la vois poster régulièrement. Elle a choisi un style très Crazy Rich Asian avec tenues vaporeuses, talons vertigineux et faux cils. Que ? Mon premier réflexe a été de trouver ça too much. Puis j’ai pris de la hauteur. Déjà, cette personne a de la visibilité puisque je l’avais vue avant qu’elle n’apparaisse dans mon réseau. Je la reconnais. Quand elle prend la parole, je sais que c’est elle et pas n’importe quelle experte du sujet. Mais surtout… Elle s’éclate. Et là, je me demande : c’est qui l’andouille dans l’histoire ? Celle qui s’amuse avec ses shootings extravagants ou celle qui juge, en pyjama devant son écran ? Notez, je dis ça mais j’ai des ambitions en terme de pyjama.
On se moque et elle, elle fait son beurre
Il y a aussi cette agente immobilière bordelaise qui a fait le buzz avec une vidéo super bizarre. On la voit se balader dans le quartier Saint Augustin en prenant des pauses bizarres et en disant des mots un peu random genre “audace”, “fou, fou, fou”. Qu’est-ce que ? J’ai vu une interview de cette femme et là, révélation. C’est nous les dindons. “J’ai bossé dans le marketing et sur les réseaux sociaux, je sais ce qu’il faut faire pour se faire remarquer. Oui, il y a des gens qui se moquent mais en attendant, je garde rarement un bien en vente plus de deux semaines”. Nous, on rit, elle, elle palpe. Oui, je passe trop de temps sur LinkedIn actuellement.
On s’en fout des inconnus qui jugent
Donc déjà, le jugement, on y aura droit quoi qu’on fasse. Mais surtout, le pire jugement, c’est celui que l’on porte sur soi. On ne pourra jamais empêcher une personne de nous juger sur nos fringues, notre façon de bouger, nos prises de parole… Mais déjà, il faudrait voir à s’en foutre. Je veux dire si une personne vous regarde de travers dans le tram à cause de votre style, quelle importance ? Vous ne la reverrez sans doute jamais. Et d’ailleurs, arrêtons d’être les esprits chagrin qui jugent la tenue des autres. Oui, ok, moi aussi, ça m’interpelle cette jeunesse toute peau dehors alors qu’il fait peu de degrés mais hé ! En quoi ça me regarde ? Après tout, moi aussi, plus jeune, j’avais peu froid…
On juge les autres sur ce qu’on n’aime pas chez nous
Après, j’ai tendance à penser que l’on juge les autres sur ce que l’on considère comme nos propres travers. J’ai toujours peur d’être paresseuse et peu volontaire ? Je déteste les gens mous et lents. Il y aussi une forme de jalousie, un peu inconsciente. Genre la jeunesse qui se fringue n’importe comment. Je suis persuadée qu’on juge parce que, nous, on n’oserait pas sortir ainsi. On envie leur liberté. La liberté de se foutre des injonctions, j’entends. Jamais je n’oserai porter un crop top alors que des filles bien plus rondes que moi le font. Et c’est qui l’andouille de l’histoire ? Celle qui expose son bidou pas plat ou celle qui transpire à grosses gouttes avec ses bourrelets bien rangés ?
Aimez-moi, s’il-vous-plaît
Évidemment, c’est toujours facile de dire ça. De se dire qu’on s’en fout du regard des autres. Ce regard parfois imaginaire que notre méchante voix amplifie jusqu’à nous bloquer dans nos actions. Je n’ose pas dire, je n’ose pas faire. On va me prendre pour une idiote, une incompétente. Qui “on”? La réalité, c’est que neuf fois sur dix, ce “on” est un « je » incapable de s’apprécier en dehors de l’appréciation collective. Si une figure d’autorité ou une foule ne me dit pas que je fais bien les choses, c’est donc que je les fais mal.

La moindre critique est amplifiée à son maximum
Sans doute ai-je une propension incroyable à transformer la moindre critique en bouquet d’orties fraîches pour me flageller. J’ai remarqué ça récemment lors de mes cours de comédie musicale. Il suffit que je sois reprise par ma prof dans mon chant pour me considérer comme nulle à chier dans la discipline. Elle a dû le remarquer, ma prof, parce qu’en général, après le passage critique, elle conclut par un “non mais c’était bien, hein”. Mais voilà. Une critique et je vacille. Les gens pensent que je suis susceptible mais c’est autre chose. Ce n’est pas que je n’accepte pas la critique. Je sais qu’elle est même précieuse pour me permettre de grandir. C’est que, selon la période où elle tombe, ma méchante voix va lui conférer une caisse de résonance qui va renforcer le regard négatif que j’ai sur moi. Un “attention, tu n’es pas précise sur les notes hautes parce que tu as trop d’air” va devenir “tu chantes comme une casserole, tu ferais mieux de tout arrêter et de te trouver une activité silencieuse”. Et donc, quand je vais oser chanter en public, mon auto-jugement va être à l’affût. Alors que la plupart des gens trouveront que je chante très bien, surtout pour quelqu’un dont ce n’est pas le métier.
Ne pas se remettre en question à la moindre critique
Bref, tout ça pour dire qu’il va falloir que j’arrête de me juger, de penser du mal de moi en considérant que la Terre entière est d’accord avec ma méchante voix. De un, la Terre entière va globalement s’en foutre de moi. Juger quelqu’un, c’est déjà lui donner de l’importance. De deux, d’ailleurs, mollo sur le jugement qu’on peut avoir sur les autres. A partir du moment où ils ne blessent personne, les gens ont le droit de s’habiller ou de s’exprimer comme ils veulent. Si ça me gène, j’ai qu’à aller péter un coup, ça ira mieux. De trois, à part quelques personnalités toxiques, les gens qui font des critiques le font soit pour nous faire grandir… soit parce que c’est leur métier. Et en quatre, le plus important : ce serait pas mal d’avoir mon propre avis sur ma personne plutôt que de radicalement changer d’avis à la moindre critique. Et cinq : on a aussi droit de ne pas faire tout parfaitement.
Deviens ta propre meilleure amie
Bref, comme je disais y a quelques années : sois ta meilleure amie. Arrête de te juger trop durement. Si les défauts de ta meilleure amie ne t’empêchent pas de l’aimer, pourquoi ils sont une barrière si infranchissables te concernant ?



