J’accepte tout ce qui m’arrive… et puis quoi encore ?

J’accepte tout ce qui m’arrive… et puis quoi encore ?

Je suis une meuf vénère. Vraiment. Enfin, en vrai, je suis plutôt du genre calme et sympa mais quand le volcan se réveille, c’est une catastrophe. Autant pour les personnes en face que pour moi vu qu’une grosse colère peut m’épuiser pendant plusieurs heures. Et j’ai du mal à redescendre, ce qui est parfois un peu compliqué à gérer. Je considère avoir des colères légitimes mais parfois, je me demande si je ne fais pas juste à dépenser de l’énergie pour rien. Peut-être que ce serait plus simple que j’accepte tout ce qui m’arrive, comme m’y encourage le développement personnel. Sauf que… c’est pas un peu trop facile ?

La colère
(c) Andre Hunter

Accepte et tais-toi

Alors le développement personnel ne me dit pas texto qu’il faut que j’accepte tout ce qui m’arrive. Plutôt que j’accepte avec raison ce qui n’est pas de mon fait et les choses sur lesquelles je ne peux pas intervenir. Par exemple, le fait qu’il a plu durant les ⅔ de notre voyage au Japon. C’était badant mais effectivement, m’en désespérer n’aurait servi à rien. Par contre, il y a des choses sur lesquelles je n’ai pas de moyen d’action mais qui me rendent folles. Et le fait d’atténuer ma colère me donne même l’effet d’être une lâche. Parce qu’accepter l’inacceptable est une position de privilégié.e qui a le choix. 

Quel télétravail à 100% ?

Il y a une semaine ou deux, je me suis déçue. Fin octobre, j’apprends donc que mon employeur n’en a rien à faire du gouvernement et continue de m’imposer du présentiel malgré le confinement. Sur le coup, ma fureur est telle que j’en pleure. Je suis dégoûtée. Je dois d’un côté renoncer à ma comédie musicale et à rencontrer Plume, ma nouvelle nièce, mais risquer ma santé au taf, ça, pas de soucis. Et puis, en discutant avec mes amis, je me rends compte que je m’en sors pas si mal. Anaïs, ma besta, doit y aller tous les jours car ils sont pas foutus de lui fournir un pc portable. Mais mon pref, c’est un pote qui a été testé positif au covid et qui a été contaminé par son boss. Du coup, quand le confinement est arrivé : “ah ben vous pouvez venir, vous êtes immunisés”. Mais que… Alors forcément, ma situation, elle ne me paraît pas si terrible. Et ma colère s’apaise. Alors qu’elle ne devrait pas.

Renoncer à la colère, c’est de la lâcheté ?

Parce que j’ai l’impression qu’en acceptant ce sort bon gré, mal gré, je laisse tomber mes camarades. Evidemment, je n’ai aucun levier puisque clairement, il n’y a pas volonté de sanctionner les entreprises. D’ailleurs, elles jouent le jeu, stop les polémiques, hein… Et c’est la même pour de nombreux sujets, notamment au sujet des inégalités. Ce qui se passe en terme politique dépasse mon contrôle. C’est quelque chose de totalement extérieur. Je suis invitée à voter tous les quatre à six ans selon les scrutins et que “mon” candidat gagne ou perde, j’ai juste à me taire ensuite parce que c’est le jeu démocratique. Moi, je peux lâcher la colère vu que je suis plutôt du bon côté de la barrière. Mais même si je ne sais pas comment agir, est-ce une raison pour accepter avec le sourire.

J'accepte tout ce qui m'arrive
(c) Christopher Campbell

Plus simple d’accepter que de se battre ?

Bien sûr, la colère n’est pas bonne pour moi. Déjà pour ma tension qui n’a pas besoin de ça. Bien sûr qu’il est beaucoup plus simple de hausser les épaules et de déclarer que vu qu’on peut rien y faire, autant ne pas se biler. Clairement une position de privilégié. Le développement personnel semble parfois avoir du mal avec la notion de convictions sociales… Je n’aime pas être en colère et j’aimerais transformer toute cette énergie en autre chose. Quelque chose de concret. Mais nier cette colère ne m’aidera pas. Ca n’aidera personne. Le développement personnel nous pousse souvent à renier celui ou celle que nous sommes pour devenir quelqu’un de meilleur… selon sa définition propre. Moins colérique et passionné, plus organisé et productif. Forcément, la colère en pure dépense d’énergie non rentable est le concept le plus éloigné de cette soit-disant version de moi. Sauf que dépenser de l’énergie à faire semblant d’être quelqu’un d’autre, c’est l’échec assuré. Et la frustration qui va avec en prime.

 

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