Ecrire une dystopie sans clichés, l’impossible challenge ?

Ecrire une dystopie sans clichés, l’impossible challenge ?

J’adore les dystopies. Je suis pas sûre de savoir depuis quand et d’où m’est venue cette obsession. J’adore les lire, j’adore les regarder, j’adore en écrire. D’ailleurs, sur les cinq romans que j’écris actuellement, il y en a deux. Sauf que de voir les défauts des romans des autres m’interroge beaucoup : peut-on réellement écrire une dystopie sans tomber dans la caricature ?  

L'atomium de Bruxelles, inspiration pour écrire une dystopie

Cet été, j’ai lu une dystopie écrite par Bernard Minier, M, le bord de l’abîme. Je l’ai déjà chroniqué sur Citizen Bartoldi. J’avais expliqué ma surprise de découvrir que Bernard Minier avait écrit ce type de roman. Parce que son personnage habituel déteste la technologie. Mais après tout, peut-être que Bernie est super branché en fait et que son personnage, c’est juste un caractère qu’il a voulu lui donner. Donc ok, je demande à voir. J’ai vu et depuis, je suis plongée dans des abysses de perplexité. 

Une écriture n’est jamais neutre

Quand on écrit, et peu importe ce que l’on écrit, on instille des opinions qui sont nôtres, bon gré mal gré. Dans les dystopies que je décide d’écrire, je grossis des traits de notre société qui me paraissent potentiellement dangereux et un bon terreau de fascisme. Donc je vais parler de choses que je n’aime pas… potentiellement sous le prisme d’une fausse utopie (notamment Augura, mon plagiat involontaire d’un Bonheur insoutenable, là). Donc il faut que je présente les choses d’abord sous un jour flatteur sinon, ça ne va pas marcher. Si je veux intégrer les personnages dans une rébellion, il faut que j’explique comment ils en sont arrivés à douter, l’histoire de leur réveil.

Des personnages sans nuance

Parce que là est le souci majeur que j’ai eu avec M, le bord de l’abîme, c’est que j’y crois pas. On suit Moïra qui est embauchée par Ming, un Apple chinois (ou un Huawei surpuissant) pour développer l’IA de leur assistant personnel. Mais Moïra est hyper sceptique dès le départ, elle n’arrête pas de souligner que sa nouvelle boîte est limite sur l’utilisation des données. Genre “Je déteste mon travail, mon employeur est discutable, ohlala.” Attention, je ne dis pas qu’il n’existe pas des gens qui détestent leur taf. Moi-même… Mais là, ça sonne faux. Et dans tout ce roman, c’est vraiment problématique. L’auteur déteste la technologie, les réseaux sociaux, est inquiet du pouvoir des GAFAMs et franchement, ok, j’ai rien à dire là-dessus. Ses interrogations sont même franchement légitimes et c’est un excellent terreau de réflexion pour une dystopie.

Ecrire sur ce qu’on n’a pas envie de connaître ?

Je m’interroge. Est-il possible d’écrire une dystopie sur un sujet que tu ne maîtrises pas ou avec un personnage archi sceptique sur ce qui fait son quotidien ? Par exemple, je pourrais tout à fait imaginer une dystopie sur des jeux vidéos qui permettent de soulever une armée ou j’en sais rien… sauf que je suis pas ultra calée. Je trouve pas que Zelda ou Mario voire Final Fantasy soient un bon terreau pour basculer dans la dictature. Ca risque d’agacer… Dans M, oui, c’est légitime de s‘inquiéter. Oui, on peut s’inquiéter de  l’utilisation abusive des données personnelles et je signe aussi sur l’histoire de l’assistant personnel programmé pour être malsain. Mais pour le coup, j’y connais rien en assistant personnel, j’ai jamais parlé à Siri, Google, j’ai pas Alexa et tout ça. Et je flippe toujours un peu quand Google s’active tout seul alors que tu lui parlais pas. Aaaah mais ça voudrait dire que Google écoute toujours ce que je dis par le biais de mon micro de téléphone ? De là à imaginer que mes conversations sont ensuite utilisées sur du ciblage publicitaire… ah, ça c’est pas de la dystopie ou de la parano.   

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La mise en scène du réveil

Donc j’étais plutôt bienveillante avec le pitch de base sauf que… c’était trop lourd, sans nuance. Dès le début, Moïra flippe parce qu’elle se dit qu’ils fouillent trop ses données mais elle continue de bosser sur eux sans s’inquiéter particulièrement. Ca ne marche pas. Si on compare avec Le cercle qui est dans une thématique assez proche (critique des GAFAMs) et franchement mauvais, l’aspect inquiétant du Cercle est mieux mis en scène. On suit Mae, comme on suit Moïra dans M et au début, Mae s’émerveille la vie au campus du Cercle. Y a même un concert de Beck (je me remets pas de ce caméo pété) ! Elle se rend compte petit à petit qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au Cercle. Là, Moïra commence à froncer les sourcils dès la page 10… Elle apparaît page 8 ! Et tous les gens qu’elle côtoie sur le campus sont des espèces de psychopathes malsains. Non mais pardon mais la nuance ?

Un travers inévitable ?

Alors forcément, je me pose la question sur ma propre prose. Est-ce que, dans mon envie de dénoncer un danger pour notre démocratie, je ne vais pas en faire trop ? J’ai complétement massacré le pire roman du monde. Celui-ci met en scène Marine Le Pen (enfin, un personnage copié/collé) qui a une relation incestueuse avec son père. Ca m’avait fait hurler tellement c’était lourd. Mais ce roman était nul, mais, là, merde… Minier, il est reac, ok, mais pas mauvais. Alors du coup, est-ce un écueil quasi inévitable ?

Je vais finir par écrire des bluettes, moi… 

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